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PLEINS
FEUX SUR LE NOUVEAU FORUM !
Après plusieurs mois de travaux, la réouverture du Forum des images s'annonce déjà ! Pour patienter encore jusque-là, une rencontre s'imposait avec les deux principaux protagonistes du projet, Anouk Legendre et Georges Berne, respectivement architecte et concepteur lumière. En pleine élaboration, ils dévoilent l'esprit de leur démarche qui pourrait tenir en trois mots : ouverture, lumière, fluidité…
Quels principes ont guidé votre projet ?
ANOUK LEGENDRE : Notre ambition est d'affirmer la présence du Forum des images en donnant à voir, de l'extérieur, le dynamisme et la richesse de sa programmation. Aujourd'hui, il est impossible d'imaginer à la fois l'ampleur du bâtiment et le foisonnement de ses activités tellement le lieu - notamment l'accueil - est discret, confidentiel, caché, presque secret. Voilà pourquoi nous avons choisi d'ouvrir le Forum sur la Grande galerie en privilégiant une façade vitrée, qui a l'avantage en plus de faire largement entrer la lumière. À l'extérieur, on voit les espaces et, à l'intérieur, on les vit. Nous avons aussi travaillé sur la circulation et l'enchaînement de certains lieux, très disparates parce qu'ils ont été rattachés progressivement au Forum. Je pense notamment à l'Auditorium. L'identité du Forum passe aussi par son unité.
Comment traduire l’essence culturelle et cinématographique
du Forum des images ?
A. L. : En créant la rupture avec tous les commerces qui entourent le Forum. Notre démarche vise à rehausser l'identité culturelle de l'institution en marquant sa différence par son architecture, sa taille, son unité, sa signalétique, sa tonalité… Loin des couleurs souvent tape-à-l'œil et criardes des magasins environnants, nous préférons opter pour des teintes plus sobres et reposantes, qui demeurent cependant gaies et chaleureuses. Aussi, la dominante de gris sera rehaussée par des touches roses et rouges. Ces dernières rappelant l'univers cinématographique, la couleur de la fête, du spectacle, du rideau de théâtre, du tapis des marches à Cannes…
GEORGES BERNE : De plus, cette couleur permet à l'œil de s'adapter plus facilement à l'obscurité. La pupille commence à se dilater et a besoin de beaucoup moins d'éclairement. Contrairement au bleu par exemple, le rouge apporte une sensation de lumière, en dépit d'un faible niveau d'éclairage.
La rénovation du Forum est une aventure paradoxale
: mettre en lumière un bâtiment qui réclame une
plus grande visibilité pour mieux se dédier aux
salles obscures…
G. B. : Comme les plantes, les êtres humains vont vers ce qu'il y a de plus lumineux. Amener les gens vers l'obscurité, c'est contre-nature ! Nous jouons donc sur la quantité de lumière pour une adaptation progressive de l'œil au sombre. Mais ce n'est pas un glissement linéaire vers l'obscurité. Le bien-être va rarement de pair avec une notion d'uniformité. Nous procédons par sas : d'un lieu très éclairé comme l'accueil, on passe à un lieu très peu éclairé puis à un autre qui l'est davantage. Les spectateurs sont progressivement amenés à une ambiance très faiblement éclairée sans qu'ils ressentent l'angoisse liée à l'obscurité. Les salles sont alors perçues comme un lieu sécurisé où ils se sentiront bien. Les longs parcours à l'intérieur du Forum avant de se retrouver dans un siège face à l'écran permettent ces adaptations visuelles.
Pourquoi avoir choisi la lumière comme élément
central de sa restructuration ?
A. L. : Parce qu'elle garantit l'ouverture de l'espace, son unité et sa fluidité. Le fil conducteur est un ruban lumineux dont le rythme, les nuances, les formes, les couleurs, l'intensité varient. Ce ruban crée des volumes différents, relie les surfaces entre elles, orchestre des ambiances variées, instaure des parcours à l'intérieur de l'institution. Ce qui le rend notamment très proche du support du film, la pellicule, que l'on déroule dans tous les espaces, comme pour les séquences d'une histoire.
G. B. : D'un point de vue pratique, il est composé de tubes qui se succèdent et que l'on filtre plus ou moins, soit directement sur les gens, soit vers les plafonds révélant ainsi l'architecture. Selon les lieux, l'éclairage s'effacera au bénéfice du bâtiment et inversement. Schématiquement, on trouve deux manières de mettre en lumière une salle de cinéma. Celle du Grand Rex où le cadre, très travaillé, a une mémoire pour les gens. À l'opposé, UGC a virtualisé les salles : tout est pour l'écran, rien que pour l'écran. L'espace autour est dématérialisé. Il n'y a que vous et l'image. Au Forum des images, nous sommes davantage dans le premier cas de figure : le cadre architectural a son importance. C'est un lieu totalement incarné qui a quelque chose de très charnel.
Quelles significations peut-on donner à vos choix
esthétiques de formes, de couleurs, de matières
?
A. L. : Le ruban lumineux, l'enveloppe colorée, les formes lisses et voluptueuses, doucement arrondies racontent une intériorité : on est au cœur de la mégapole. Les Halles ne sont pas qu'un centre commercial : c'est un incroyable nœud de connexion. Il est essentiel que le Forum des images soit à l'échelle des flux qui y circulent. C'est lumineux, électrique, spacieux, dynamique pour être à la hauteur de l'énergie que les gens attendent d'un centre-ville. L'institution doit être perçue comme un grand équipement d'échelle régionale. D'où l'importance d'en saisir parfaitement l'ampleur et l'unité. L'aspect "cœur" est cependant tempéré par un travail sur des lumières d'arrière-plan pour donner une impression d'ouverture afin que les gens ne se sentent pas enfermés. Nous avons également beaucoup travaillé sur l'apparence des dimensions : faire paraître l'espace plus grand par des ouvertures, des parois lisses, une continuité entre le mur, le plafond et le sol. De même, un long miroir installé dans le Grand foyer en changera la perception visuelle. Au lieu d'être enfermé, le regard va pouvoir fuir…
Le cabinet X-TU (dirigé par Anouk Legendre et Nicolas Desmazières) est le maître d'œuvre du chantier de rénovation du Forum des images. L'Observatoire 1 (Georges Berne, Julien Caquineau, Claire-Lise Bague) est chargé de la mise en lumière de l'institution.
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