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L'animation parisienneA travers une sélection de films
d'animation pour la plupart rares et méconnus, découvrez la
capitale sous un jour insolite.
Quelques animateursD'Emile Cohl à Garri Bardine, de grands animateurs ont
exploré Paris et ses alentours. A travers eux se dessinent quelques
jalons de l'histoire du cinéma d'animation.
Emile Reynaud : un pionnierTenter de fixer un instant, un mouvement, de représenter un animal
en train de déguerpir : ce désir de simuler la vie
préoccupe l'homme depuis des temps immémoriaux. Les XVIIe et
XVIIIe siècles marquent une étape importante dans le cheminement
de cette quête, avec le perfectionnement des lanternes magiques, capables
désormais de donner l'illusion du mouvement des personnages peints sur
des plaques de verre. Les spectacles de lanternes magiques deviennent vite
à la mode dans le Tout-Paris. Voltaire, qui fait partie des adeptes,
organise même des soirées spéciales dans son hôtel
particulier ! Les ombres chinoises, puis les jouets optiques, rencontreront par
la suite, chacun à leur tour, un grand succès.
Le 28 octobre 1892, Emile Reynaud (1844-1918) présente au
musée Grévin son "théâtre
optique", version perfectionnée du praxinoscope qu'il a mis
au point en 1876. En se fondant sur le principe de la persistance
rétinienne, son appareil permet de projeter des images qui, grâce
à des petits miroirs disposés en prisme, donnent l'impression
qu'elles s'animent. De nouveau, le Tout-Paris est en ébullition et se
presse, entre 1892 et 1900, à son spectacle de pantomines lumineuses,
qui dure pourtant à peine quelques minutes ! Mais le jeu en vaut la
chandelle, car Reynaud est un orfèvre en la matière.
Malheureusement, son invention sera bientôt éclipsée par le
cinématographe. De désespoir, Reynaud jettera de nombreuses
bandes dans la Seine.
Deux de ses pantomines, dont la magnifique
Autour d'une cabine, rarissime,
sont présentées dans le portrait que Joël Farges lui
consacre : Emile Reynaud, 1844-1918 (1980). La
salle du musée Grévin, 10 boulevard Montmartre, où Reynaud
donnait ses séances de théâtre optique est également
visible dans Naissance du cinéma (1948),
un documentaire de Roger Leenhardt présentant les progrès
techniques des appareils qui, avant les débuts du cinéma,
produisaient des images animées. Le principe de la lanterne magique y
est notamment évoqué.
Emile Cohl : le père du dessin animéD'une dizaine d'années plus jeune que Reynaud, "Emile
Cohl est à l'image de la Belle Epoque : un miroir fidèle de ses
engouements et de ses curiosités. L'enthousiame et l'emportement qui ont
inauguré notre siècle s'y lisent. De Paris où il est
né (au 20 de la rue Cadet), il a sa subtile causticité et son
esprit frondeur." C'est ainsi que Pascal Vimenet décrit ce
personnage essentiel de l'histoire du cinéma d'animation, que l'on a
coutume de surnommer le "père" du dessin
animé.
Emile Cohl (1857-1936) débute en tant qu'illustrateur et
caricaturiste, auprès d'une centaine de journaux. En 1907,
découvrant que Gaumont a plagié une de ses affiches, il se plaint
auprès de Louis Feuillade, alors à la tête de la jeune
société. On connaît la suite : Louis Feuillade, pour calmer
ses ardeurs, lui propose d'écrire des scénarios pour Gaumont.
Cette même année, Emile Cohl assiste
à Paris à la première de L'hôtel hanté,
réalisé par l'Américain James Stuart Blackton.
Fasciné par les trucages de ce film d'objets animés, il se lance
à son tour dans la réalisation de films d'animation. Cohl
expérimente alors différentes techniques, du dessin animé
à l'animation de marionnettes, mêlant notamment avec talent et
humour l'animation à la prise de vue réelle (Le
songe d'un garçon de café, 1910). Le
cinéma d'animation, dans toute sa diversité, est né.
Jusqu'en 1923, Cohl tourne à un rythme effréné : en
l'espace de quinze ans, il livre trois cents bandes pour Gaumont, Pathé
et Eclair. Les lunettes féériques
et Le peintre
néo-impressionniste, tournés tous les deux
en 1910, évoquent le Paris insouciant des premières années
du XXe siècle. Comme beaucoup de précurseurs, Cohl mourra dans
l'indifférence et la misère. Un documentaire tourné en
1990 lui rend justice : le passionnant
Hommage à Emile Cohl de
Fabien Ruiz, essentiellement composé d'interviews de
personnalités du cinéma, dont Paul Grimault, et de proches de
Cohl.
Lortac : une figure de l'entre-deux-guerresDe son vrai nom Robert Collard, Lortac (1884-1973) est aussi une figure
importante du cinéma d'animation en France. Comme Cohl, il commence sa
carrière, avant la Première Guerre, en tant que caricaturiste.
Après un bref passage aux Etats-Unis, où il découvre les
films de Winsor McCay, il fonde dans les années vingt un studio
d'animation qui attire des dessinateurs variés, comme Francisque Poulbot
ou Raymond Savignac. Son atelier se spécialisera dans la
réalisation de petites bandes publicitaires. Emile Cohl a d'ailleurs
réalisé quelques films publicitaires pour lui, à la fin de
sa carrière.
Lortac a également réalisé des films, souvent pleins
d'humour. Trois d'entre eux, produits pour les actualités Gaumont, se
déroulent à Paris (Actualités Gaumont
octobre 1920,
Actualités Gaumont janvier et février
1921).
Alexandre Alexeieff : l'inventeur de l'écran d'épinglesJe peux affirmer que
l'animation enseigne une meilleure connaissance de la façon dont l'homme
voit et pense. Elle m'a permis d'entrer dans la vraie quatrième
dimension, m'ouvrant un univers inconnu dont je me suis servi pour
réaliser des effets nouveaux. De même que la peinture
développe la conscience des couleurs, des valeurs et des formes,
l'animation développe la conscience des mouvements et des
durées. Alexandre Alexeieff
(1973)
Alexandre Alexeieff (1901-1982), originaire de Kazan, la capitale des
Tatars, débarque à Paris dans les années vingt. Il fait
partie de cette génération d'émigrés qui ont
quitté leur pays après la prise du pouvoir par les bolcheviks. A
Paris, il rencontre l'équipe des Ballets russes, ainsi que de grands
noms du théâtre, tels Louis Jouvet et Gaston Baty, avec qui il
travaille comme décorateur et costumier. Il illustre également de
nombreux livres de Giraudoux, Gogol ou Baudelaire.
Au début des années trente, il met au point avec son
épouse Claire Parker sa technique de "l'écran
d'épingles", qui lui permet de jouer sur les ombres et la
lumière. Il réalise ainsi son premier film,
Une nuit sur le mont chauve (1933),
d'après un thème de Moussorgski. Ce film sera
présenté pendant quelques semaines à Paris.
"J'ai appris à chanter l'essence,
le café, les matelas et l'huile d'arachide en me disant qu'en d'autres
temps j'aurais sans doute chanté la Vierge, les saints ou quelque
notable. Ces limites-là sont bonnes." C'est ainsi
qu'Alexeieff évoque l'autre pan de sa production : ses nombreux films
publicitaires en volume animé (Publicités
animées par Alexeieff, 1952-1964). Très
consciencieux, il consacre six mois à Pure beauté, un film d'à peine
une minute réalisé pour Monsavon !
Alexeieff est aussi l'auteur de l'étonnant prologue du
Procès (1962) d'Orson
Welles.
Paul Grimault et Les GémeauxEgalement incontournable, Paul Grimault (1905-1994)
est ce "poète aquarelliste" de
Saint-Germain-des-Près qui a dessiné et dirigé un
magnifique chef-d'oeuvre : Le roi et
l'oiseau (1980), qui est en fait une nouvelle version de
La bergère et le ramoneur,
sorti en 1953, mais désavoué par son auteur.
La carrière de Grimault commence dans les
années trente, époque à laquelle il fait une rencontre
décisive, celle de Jacques Prévert. Il participe alors au groupe
Octobre, qui réunit des
Colporteurs du Front
populaire, et joue des petits rôles dans
L'Atalante
(1934) et Le crime de Monsieur
Lange (1935). Il tourne aussi avec Jean Aurenche son
premier film, La table tournante
(1932). Cette bande publicitaire deviendra le titre de son dernier film, qui
revient sur son parcours d'animateur.
En 1936, il fonde avec André Sarrut la
première société française de dessin animé,
Les Gémeaux, qui marque une étape importante dans l'histoire du
cinéma d'animation. Il y réalise notamment le gracieux
Voleur de paratonnerres (1945).
Grand prix international du dessin animé au Festival de Venise en 1946,
ce court métrage raconte les mésaventures de deux policiers
pourchassant sur les toits de Paris... un voleur de paratonnerres !
En 1951, en délicatesse avec la production,
Grimault quitte finalement Les Gémeaux et crée son propre studio,
rue Bobillot, dans un quartier qu'il connaît bien : le 13e
arrondissement. Malgré la situation fragile de sa nouvelle structure,
Grimault permettra à de jeunes cinéastes, comme Jacques Colombat
ou Jean-François Laguionie, de tourner leur premier film. Jean-Manuel
Costa fait aussi partie des assidus de la rue Bobillot. Encouragé par
Grimault, il entreprend en 1980
La tendresse du maudit, un
magnifique film où coexistent le cauchemar et la poésie, dans un
Paris dévasté.
Pour en savoir plus
Jean Image : les premières séries téléviséesEmeric Hadju (1911-1989), devenu
célèbre sous le nom de Jean Image, est originaire de Hongrie.
Après des cours à l'école des Arts Décoratifs
à Budapest puis à Berlin, il arrive à Paris en 1932,
où il commence sa carrière dans le milieu publicitaire, d'abord
en tant que dessinateur, puis en tant que réalisateur. Alors que le
dessin animé français connaît une période
féconde, il se lance à son tour dans la réalisation de
films pour enfants, avec un style classique rappellant le graphisme de Walt
Disney. En 1949, il termine Jeannot
l'Intrépide, qui est considéré comme le
premier long métrage d'animation français.
Jean Image crée aussi sa propre
société à cette époque : Les Films Jean Image.
Cette société produit notamment son futur film,
Bonjour Paris (1952), qui conte le
ballet nuptial de deux pigeons. Sur fond de comédie musicale, ce dessin
animé féérique rend un vibrant hommage à la tour
Eiffel, symbole de la ville Lumière.
A partir des années soixante, Jean Image se tourne vers la
télévision. Il réalise alors plusieurs séries pour
enfants, comme
Picolo le petit peintre (1963-64),
qui lui permettent de retrouver sa notoriété. La musique de
Picolo a été
réalisée par Henri Gruel, un animateur plus connu pour les films
qu'il a réalisés à partir de dessins d'enfants, avec la
technique du papier découpé (Le voyage de
Badabou, 1955, prix Emile Cohl). Gruel est aussi le
compositeur de Fantorro le dernier justicier (1971)
de Jan Lenica.
Jan Lenica : un brillant affichiste et réalisateur polonaisNé à Poznan en 1928, Jan Lenica est le
fils d'un peintre polonais assez célèbre. Après des
études de musique et d'architecture, il se fait peu à peu
connaître dans le milieu artistique polonais par la qualité des
affiches qu'il conçoit pour le cinéma, l'opéra et le
théâtre (il se passionne entre autres pour le personnage d'Ubu).
En 1957 et 1958, il tourne ses deux premiers films avec Walerian Borowczyk,
avant d'effectuer en 1959 un séjour à Paris où il
réalise, avec un commentaire d'Eugène Ionesco,
Monsieur Tête, qui remporte
le prix Emile Cohl. Quatre ans plus tard, Lenica s'installe
définitivement à Paris.
Au cours de sa filmographie, Lenica
expérimentera de nombreuses techniques, du papier découpé
à la prise de vues réelles. Comme un hommage à sa terre
d'accueil, il situe l'action de l'un de ses films,
Fantorro le dernier justicier
(1971), dans un Paris transfiguré. Ce très beau film en forme de
pochade associe avec élégance les références du
feuilleton populaire à celles de la science-fiction et de la bande
dessinée.
Un autre animateur d'origine polonaise, grand admirateur de Reynaud dont
il a rénové les bandes pour le centenaire du cinéma, s'est
inspiré de cette ville : Julien Pappé. Son
Oiseau en papier journal (1961) est
typique de la technique du papier découpé.
Garri Bardine : un cinéaste russe plein d'humourCinéaste débordant d'humour, aussi
à l'aise dans l'animation de pâte à modeler, de fils de
fer, d'allumettes que de poupées, Garri Bardine est un grand admirateur
d'Alexeieff, de Ptusko, de Chaplin et de Fellini.
Comédien de formation, déçu par
le théâtre soviétique, le jeune Bardine décroche
d'abord un travail dans le plus grand théâtre de marionnettes de
Moscou, puis à la télévision, où il collabore
à des programmes jeunesse. En 1975, alors âgé de
trente-quatre ans, il réussit à intégrer le prestigieux
Soyouz Mult Film, situé à Moscou. Avant que cette grosse
société de production ne commence à s'essouffler, il y
réalisera pendant quinze ans des scénarios, puis ses propres
films, jusqu'au Méchant loup et le petit chaperon
rouge, en 1990. L'année suivante, Bardine
crée dans la banlieue de Moscou sa propre société, sous la
forme d'une "coopérative" : le studio Stayer.
Le méchant
loup et le petit chaperon rouge marque une étape
charnière : c'est le dernier film que Bardine tourne avec le Soyouz Mult
Film. C'est également le film qui lui permet de se faire connaître
auprès d'un plus large public, en particulier grâce au Grand Prix
qu'il remporte au Festival d'Annecy. Enfin, par son contenu
"politique", ce film n'aurait pu voir le jour avant la
pérestroïka.
" Traité sous forme de
comédie musicale, le film file la métaphore d'un terme, cher
alors à Gorbatchev, de la "Maison européenne" : sur le chemin qui
mène ce chaperon rouge et ce loup gris new look à Paris sont
"convoqués" tous les vieux démons du dessin animé, note
Pascal Vimenet dans le Cahier de notes sur...
Garri Bardine. Des trois petits cochons aux sept nains, en passant
par quelques figures archétypales du cinéma d'animation
soviétique (Tchebourachka, le crocodile Guenna...), les ombres de l'URSS
totalitaire et de l'impérialisme américain se glissent
subrepticement dans les replis d'un décor, kitsch à souhait. Et,
pendant que la grand-mère chante de façon inénarrable
La vie en rose, on s'interroge sur
les symboles qui émaillent cette succulente interprétation :
quelle est cette "galette" qui circule dans la nouvelle Europe, qui est ce
vieux loup gris famélique qui finit emprisonné, alors que les
personnages réunis du cartoon américain et soviétique
s'unissent pour chanter des lendemains libres ?"
Filant ainsi la métaphore, Garri Bardine parvient à faire
de son truculent Méchant loup et le
petit chaperon rouge un film qui sait enchanter petits et grands
spectateurs !
La nouvelle générationGiannalberto Bendazzi termine la préface du
numéro de CinémAction consacré au
cinéma d'animation en citant des propos d'Alexandre Alexeieff :
"La jeunesse ne se contente plus de voir des films d'animation :
elle veut en faire. Combien elle a raison ! Puisse la nouvelle
génération réformer l'économie de la
société future de manière à mettre à
l'honneur "l'ouvrage bien faite", comme disait la maman de Péguy. Tel
est le challenge."
Ce challenge n'a jamais été autant
d'actualité, notamment grâce à la perspicacité et la
vitalité de trois studios, fondés depuis la fin des années
soixante-dix : Folimage, créé à Valence par
Jacques-Rémi Girerd ; la Fabrique, créé dans les
Cévennes par Jean-François Laguionie ; Les Armateurs,
créé par Didier Brunner et aujourd'hui installé à
Angoulème. Ces studios vont d'abord se lancer dans la réalisation
de courts métrages ou de séries télévisées,
avant de faire peu à peu sortir de l'ombre, depuis les années
quatre-vingt-dix, des réalisateurs passés au long métrage.
Michel Ocelot, avec Kirikou et la
sorcière (1998), est le premier à se distinguer.
Suivront Sylvain Chomet et Jacques-Rémi Girerd, qui remporteront le
succès à quelques mois d'intervalle avec
Les triplettes de Belleville (2003)
et La prophétie des
grenouilles (2003). Quelques années plus tôt, ils ont
chacun fait de Paris la toile de fond d'un de leurs courts métrages :
Le petit cirque de toutes les
couleurs (1986) et
La vieille dame et les pigeons
(1996).
Aujourd'hui, la télévision constitue toujours une source de
financement et de diffusion, surtout pour les films jeune public.
Verte (2002) de Serge Elissalde
s'inscrit dans cette tendance. Adapté du roman éponyme de Marie
Desplechin, ce film d'animation haut en couleur explore avec malice les
questions de l'héritage et de la filiation dans des décors
parisiens ensorcelés. Verte
a également été récompensé au Festival
d'Annecy.
Autre pépinière de talents, les écoles enseignant
les techniques du cinéma d'animation. Les courts métrages
réalisés par les étudiants de l'Ecole Nationale
Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD) sont ainsi souvent d'une
grande qualité. Biotope (2001) de Merwan Chabane et
Géraldine (2000) d'Arthur de
Pins en témoignent.
Enfin, ajoutons à ce bref panorama des entreprises
singulières, comme Le grand
faucheux (1996) d'Eric Vanz de Godoy, une splendide
métaphore de la création du monde, et
Tous les i de Paris s'illuminent
(1999) de Guillaume Casset, une étonnante comédie musicale
réunissant les voix de Rachel Des Bois, M et Arthur H. Ces deux films
très différents font encore de Paris un décor insolite
sans cesse renouvelé.
Quelques techniquesDès le début du XXe siècle,
Emile Cohl multiplie les expérimentations, du dessin animé
à l'animation de marionnettes ou de papiers découpés.
Après lui, de nombreuses techniques seront perfectionnées pour
"croquer" les mille facettes de Paris.
L'image par imageLes différentes techniques du cinéma d'animation reprennent
le principe de la persistance rétinienne : le défilement de
vingt-quatre images par seconde donne l'illusion de ne voir qu'une seule image
en mouvement. Ce standard de vingt-quatre ou vingt-cinq images par seconde
n'est toutefois pas une norme absolue. En effet, à l'époque du
muet, on dessinait plus souvent seize images par seconde, tandis qu'aujourd'hui
il peut arriver que défilent jusqu'à soixante images !
L'émission de télévision
Le septième art bis (1961) de
Jean Manceau expose ce principe de l'animation image par image et revient
notamment sur les divers procédés connus au début des
années soixante.
Le dessin animéL'une des techniques les plus célèbres
est celle du dessin animé, dont l'expression qualifie souvent à
tort un film d'animation destiné à des enfants, quelque soit la
technique utilisée. En réalité, un dessin animé
désigne un "film réalisé en partant d'une suite
de dessins représentant les phases successives du mouvement d'un
corps". Il peut donc s'agir aussi bien d'un film pour enfants que
pour adultes. Un documentaire réalisé par Emilio Pacull,
Des milliers d'images (1989),
présente l'évolution du dessin animé, depuis sa naissance
jusqu'aux techniques actuelles de réalisation en trois
dimensions.
Le premier film d'Emile Cohl, Fantasmagorie, est considéré
comme le premier dessin animé. Cohl en réalisera ensuite de
nombreux autres, quelquefois agrémentés de prises de vues
réelles, comme ces Lunettes
féeriques qui ont le pouvoir de
révéler les pensées et les caractères,
dévoilant ainsi la cupidité de tel vieillard, ou les goûts
artistiques de tel jeune homme parisien....
L'invention du celluloïd en 1915 aux Etats-Unis marque une nouvelle
étape clé de l'histoire du cinéma d'animation : le dessin
animé va devenir une industrie. Cette technique permettant de superposer
plusieurs dessins évite notamment de redessiner un décor à
chaque fois qu'un personnage bouge. Ce type d'animation est maintenant
généralement assisté par un ordinateur, qui permet entre
autres de coloriser les images.
C'est ce procédé, avec ses différentes
évolutions, qui a été utilisé pour de nombreux
films d'animation, comme Le voleur de
paratonnerres (1945) de Paul Grimault ou
Chat c'est Paris (1962) d'Abe
Levitow, une comédie musicale coécrite par Chuck Jones.
Dans les années soixante, le dessin animé gagne aussi les
faveurs de la télévision, avec un réalisateur comme Jean
Image (Picolo le petit
peintre). Aujourd'hui, il est encore à l'honneur,
avec des films aussi divers que
La vieille dame et les pigeons
(1996) de Sylvain Chomet, une merveille du cinéma d'animation
traditionnel, ou Raoul et Jocelyne (2000) de Serge
Elissalde, un court film d'une étonnante invention visuelle.
Pour finir, signalons une petite curiosité :
La vilaine Lulu, un dessin
animé réalisé à partir d'un scénario d'Yves
Saint-Laurent, qui rythme l'émission
Dim Dam Dom du 25 février
1967.
L'animation en volumeL'animation en volume est plus proche que le dessin animé du
cinéma en prises de vues réelles : elle utilise
généralement un décor, des
"acteurs" et des effets de cinéma classiques
(plongée, zoom, etc.). Sa spécificité est ailleurs :
l'animation en volume permet de donner l'illusion de faire vivre des
créatures inanimées, rêve de nombreux animateurs.
Figure incontournable de l'animation dite de
"marionnettes", le Polonais Ladislas Starévitch
recherche lui aussi à faire revivre, le temps d'un film, des insectes
morts ou des "poupées" conçues
spécifiquement pour ses films, dans son studio de Moscou puis de
Fontenay-sous-Bois. En 1929 et 1930, il tourne le premier long métrage
d'animation français de marionnettes, Le
roman de Renard. Une séquence particulièrement
émouvante de Paris
cinéma (1929) de Pierre Chenal le montre en plein
travail.
Plus généralement, les pays de l'Est deviennent une
référence en matière d'animation de marionnettes. Produit
à Riga, en Lettonie, d'après un épisode des
Misérables,
Cosette (1977) d'Arnold Burovs
s'inscrit dans cette tendance. Bien des années plus tard, en France,
Jean-Manuel Costa sortira de sa léthargie une gargouille de la
cathédrale Notre-Dame dans
La tendresse du maudit (1980).
De son côté, Garri Bardine anime avec brio des petits
personnages en pâte à modeler, en utilisant de la plastiline, une
pâte à modeler qui ne fond pas sous la chaleur des projecteurs. De
Moscou à Paris, son Méchant loup et le
petit chaperon rouge (1990) le consacre comme un
maître du genre. C'est aussi la pâte à modeler que
Jacques-Rémi Girerd, désormais célèbre depuis
La prophétie des
grenouilles, a choisi pour
Le petit cirque de toutes les
couleurs. César du meilleur film d'animation en
1988, ce court métrage offre une promenade originale et pleine de charme
dans les sous-sols de la capitale qui, comme Le
Méchant Loup et le petit chaperon rouge, s'adresse à
tous les publics.
Point d'orgue de cette petite sélection, les
Publicités animées par Alexandre
Alexeieff, célèbre inventeur de
"l'écran d'épingles", sont des
modèles d'humour et d'imagination, où même les biscuits
prennent vie !
Et aussi...De nombreuses autres techniques ont été
développées en un siècle de cinéma. Parmi elles, le
déplacement de papiers découpés, technique avec laquelle
se sont notamment distingués Henri Gruel (Le voyage de
Badabou, 1955), Julien Pappé (Un
oiseau en papier journal, 1961) et Jan Lenica (Fantorro le dernier justicier).
Cette technique est toujours au goût du jour, comme en témoigne
Petite jeune fille dans Paris (1993)
de Lys Flowerday, un court métrage d'animation cruel et poétique,
adapté d'un conte fantastique de Marcel Béalu.
Le mélange de prises de vues réelles et d'images
animées permet aussi de montrer Paris sous un jour insolite. Emile Cohl
l'a compris très tôt : ses films mêlent souvent ces deux
techniques. Près d'un siècle plus tard,
Space on earth (2001) de Patrick
Volve, une parodie de science-fiction totalement loufoque, mêle aussi
avec humour figurines en pâte à modeler et prises de vue en
décors naturels. Clin d'oeil au célèbre
Ballon rouge
d'Albert Lamorisse, Le portrait de Josette au
béret (1994) de Lorraine Groleau raconte de son
côté les mésaventures d'une petite fille suivie par son
béret rouge, impertinent et farceur, qui se dandine sur des rythmes de
cha-chacha...
Filmographie sélectiveTrente films pour découvrir une capitale
métamorphosée au gré des différentes techniques du
cinéma d'animation.
Coups de coeur
Le scénario deLa vilaine Lulu, qui rythme cette
édition spéciale de Dim Dam
Dom, est signé Yves Saint Laurent.
Films musicaux
Et aussi...Parmi les autres films d'animation musicaux :
Le méchant loup et le petit chaperon
rouge de Garri Bardine.
Abracadabra !
Animaux et créatures fantastiques
Et aussi...Parmi les autres films d'animation mettant en scène des animaux :
plusieurs films musicaux dont
Chat c'est Paris d'Abe Levitow,
Le méchant loup et le petit chaperon
rouge de Garri Bardine et
Tous les i de Paris s'illuminent de
Guillaume Casset.
Variations autour du métro
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mars 2003, mise à jour novembre 2004
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