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Paris vu par Alexandre Dumas

Les trois mousqutaires
"Les trois mousquetaires" d'André Hunebelle
Droits réservés
A l'occasion du bicentenaire de la naissance d'Alexandre Dumas père, les cendres de l'écrivain ont été transférées au Panthéon le 30 novembre 2002. Romancier, dramaturge, chroniqueur, essayiste, Alexandre Dumas a illuminé de sa plume vive et prolifique la littérature française en s'illustrant dans des genres très divers, toujours avec le même appétit de vivre et d'écrire. Il reste l'un des auteurs les plus lus et les plus adaptés au monde. Le Forum des images vous propose un parcours parmi les films inspirés de l'œuvre de cet écrivain, Parisien d'adoption, qui a situé bon nombre de ses intrigues dans la capitale.

Alexandre Dumas et Paris

Le rêve parisien

Même s'il est né à Villers-Cotterêts à 78 kilomètres au nord de Paris et s'il a beaucoup voyagé tout au long de sa vie, Alexandre Dumas n'en demeure pas moins une éminente figure parisienne. Au cours de son adolescence passée en province, le jeune Dumas est habité par le rêve de vivre un jour à Paris qu'il a visité à deux reprises alors qu'il était enfant. En évoquant le départ d'un ami vers la capitale, il écrit dans ses Mémoires : "Ce fut un profond crève-cœur pour moi que de voir partir Adolphe. J'avais deux souvenirs de Paris, l'un pris en 1806, l'autre pris en 1814. Ces deux souvenirs suffisaient à me faire envier ardemment le sort de tout élu partant pour Paris." Toujours dans le même ouvrage, il déclare : "Le principal était d'être à Paris, l'important était d'allumer notre pauvre chandelier au foyer universel, immense, éblouissant, qui éclairait le monde."
A 21 ans, Dumas se rend de nouveau à Paris dans l'espoir de s'y fixer. Ayant réussi à y trouver du travail, il décrit ainsi sa joie : "J'étais donc sûr, enfin, de rester à Paris. La carrière tant ambitionnée s'ouvrait devant moi, immense, sans limites. Dieu avait fait de son côté tout ce qu'il devait faire ; il m'avait, avec la lampe d'Aladin, lâché dans le jardin des fées."
Le parcours du jeune auteur enthousiaste qui réussit rapidement à se faire un nom dans la capitale n'est pas sans rappeler celui de l'un de ses personnages les plus célèbres, D'Artagnan. Au début de son roman Les trois mousquetaires (1844), Dumas décrit d'un œil tendre et amusé un jeune chevalier impétueux venu de sa Gascogne natale pour conquérir Paris. Dans Le vicomte de Bragelonne (1847-50), dernier volet de la trilogie consacrée aux mousquetaires, trente-cinq ans se sont écoulés depuis l'arrivée de D'Artagnan à la capitale et celui-ci est à présent un "Parisien". A l'occasion d'une visite à Fontainebleau : "D'Artagnan, qui avait mis pied à terre avec sa légèreté habituelle, humait le bon air, et joyeux comme un Parisien qui voit de la verdure, il arrachait un brin de chèvrefeuille d'une main, une églantine de l'autre."

Le "foyer lumineux"

Si Paris est l'un des lieux de prédilection des romans de Dumas, il ne se réduit pas pour autant à un simple décor. La capitale est comme une entité organique où fourmillent mille vies, et dont les moindres recoins recèlent des passions, des intrigues, des rebondissements latents. Dans son roman unanimiste intitulé Les mohicans de Paris (1854-59), Dumas écrit en effet : "L'arène c'est Paris. C'est de Paris, comme d'un foyer lumineux, que partent les rayons qui vont illuminer le monde, éclairant les uns, embrasant les autres."

Paris au quotidien

Paris est aussi le lieu que l'on s'approprie sur un mode intime. Les écrits de Dumas sont truffés d'allusions familières et quotidiennes à la capitale qui sont pleines d'humour et de vivacité. Ainsi on peut lire dans Le vicomte de Bragelonne (1847-50) que Planchet, l'ancien serviteur de D'Artagnan devenu épicier, "s'était acquis à bon droit la réputation d'une des plus fortes cervelles parmi les marchands épiciers de la rue des Lombards, par conséquent de Paris, par conséquent de France."
Grand gourmand et fin gourmet, Dumas démontre que c'est aussi par la cuisine qu'on fait sienne une ville, lorsqu'il décrit, toujours dans le même roman, le repas offert par Planchet à D'Artagnan comme "un repas frugal, mais tout parisien : le rôti, cuit au four du boulanger, avec les légumes, la salade, et le dessert emprunté à la boutique même."

La causerie

Enfin dans la préface à une longue série de causeries qu'il publiait dans divers journaux notamment dans Le mousquetaire, Dumas raconte, à sa manière gaie et spirituelle, comment la causerie, spécialité française et plus particulièrement parisienne, lui manquait cruellement lors de ses voyages à l'étranger :
Quand j'habitais Rome, Florence, Naples, ces trois merveilles de la civilisation, de l'art, de la nature […], il me manquait une chose, une seule, mais indispensable, mais sans équivalents : la causerie ! Un beau matin, je quittais famile, amis, promenades aux Cascines, explorations dans les ruines, courses sur la mer, et je disparaissais. Quinze jours, un mois, six semaines après, on me voyait revenir frais, épanoui, le sourire sur les lèvres et dans les yeux.
- D'où venez-vous ? me demandait-on.
- De Paris.
- Qu'avez-vous été faire à Paris ?
- Causer.

Alexandre Dumas et le cinéma

Dès les débuts du cinéma, Dumas fut l'écrivain bien-aimé des scénaristes et des réalisateurs. Selon la filmographie établie par Hervé Dumont dans Le grand livre de Dumas, la première transposition inspirée de Dumas remonte à 1898 avec une production britannique intitulée Fencing contest from "The three musketeers" inspirée des Trois mousquetaires.
L'écriture d'Alexandre Dumas se marie particulièrement bien avec l'art cinématographique. Ses romans riches en péripéties et rebondissements spectaculaires, son sens du découpage qui se rapproche de l'art du montage, ses descriptions colorées, ses dialogues ciselés où fusent les traits d'esprit et les formules qui font mouche, sa maîtrise du suspense à travers des relances savamment distillées, font de cet écrivain populaire un pourvoyeur idéal du septième art. Des débuts de l'histoire du cinéma à nos jours, on dénombre plus de trois cents adaptations inspirées des œuvres de Dumas provenant des pays les plus divers. Au sein de cet ensemble, on dénombre environ deux cents transpositions sur grand écran. De grands acteurs et réalisateurs de cinéma se sont aventurés avec bonheur dans l'univers romanesque imaginé par Alexandre Dumas.

Les trois mousquetaires

L'œuvre la plus adaptée de Dumas reste la trilogie desTrois mousquetaires. La première adaptation française est signée par George Méliès en 1900 avecLe mousquetaire de la reine. Aux Etats-Unis, Douglas Fairbanks prête son énergie rieuse et débonnaire à D'Artagnan dans Les trois mousquetaires de Fred Niblo (1921). Ce film offre de savoureuses scènes de combat à l'épée où se déploie toute la gaieté fougueuse et chevaleresque des personnages. La même année en France, Henri Diamant-Berger signe une adaptation de près de neuf heures des Trois mousquetaires, découpée en douze épisodes. Tournée avec de grands moyens, cette superproduction du cinéma muet français fut longtemps tenue pour perdue. Retrouvé récemment, le film a été restauré, numérisé, remonté et sonorisé par les descendants du réalisateur.
Toujours à l'époque du muet, signalons l'irrésistible parodie de Max Linder, L'étroit mousquetaire (1922), une version burlesque du roman de Dumas, qui foisonne d'inventivité et de fantaisie à travers des gags ingénieux. Parmi les transpositions parodiques, on trouve également Les trois louf'quetaires d'Allan Dwan (1939), un film musical où les frères Ritz, le trio comique américain, interprètent des laquais qui remplacent les compagnons de D'Artagnan. En 1942, un film mexicain, Les trois mousquetaires réalisé par Miguel M. Delgado parodie dans une version humoristique les personnages de Dumas. En 1953, Gilles Margaritis signe un moyen métrage désopilant intituléLes quatre mousquetaires, tournéégalement sur un mode loufoque.
En 1948, Les trois mousquetaires de George Sidney donne à voir sans doute l'un des plus beaux D'Artagnan de l'histoire du cinéma : Gene Kelly y impose sa présence gracieuse et ludique issue des comédies musicales pour incarner un D'Artagnan fier, espiègle et virevoltant. Certaines scènes de ce film sont citées dans la célèbre comédie musicale Chantons sous la pluie (1952) ayant également pour vedette Gene Kelly. En 1953, André Hunebelle tourne Les trois mousquetaires avec Georges Marchal dans le rôle de D'Artagnan et Bourvil dans le rôle de son fidèle et rusé serviteur, Planchet. Adapté à l'écran par Michel Audiard qui signe également les dialogues, ce film brille par les multiples calembours et traits d'esprit qui caractérisent le style gouleyant et drôle du scénariste qui trouve un parfait écho dans l'univers de Dumas.
En 1973, le réalisateur Richard Lester dirige Michael York, Richard Chamberlain et Oliver Reed dans les trépidants Trois mousquetaires et On l'appelait Milady. En 1988, le cinéaste réunit cette même équipe dans Le retour des mousquetaires, une adaptation enlevée de Vingt ans après, roman qui constitue le second volet de la trilogie des mousquetaires.
Enfin le dernier volet de cette célèbre trilogie, Le vicomte de Bragelonne, a passionné les adaptateurs avec la légende de l'homme au masque de fer que Dumas présente comme le frère jumeau de Louis XIV. En 1929, le bondissant Douglas Fairbanks revêt de nouveau le costume de D'Artagnan dans Le masque de fer d'Allan Dwan dont il co-signe également le scénario sous le pseudonyme d'Elton Thomas. En 1939, James Whale réalise un Homme au masque de fer d'une grande beauté plastique avec un noir et blanc épuré et éloquent. Louis Hayward y incarne avec subtilité les frères jumeaux Philippe et Louis qui représentent respectivement le Bien et le Mal.

Le comte de Monte-Cristo

Les aventures romanesques d'Edmond Dantès, héros sombre et vengeur du roman Le comte de Monte-Cristo, ont également inspiré de nombreux cinéastes et acteurs. Parmi les multiples versions, signalons le Monte-Cristo d'Emmett J. Flynn de 1922 avec, dans le rôle-titre, une grande star du cinéma muet, John Gilbert dont le charme ténébreux et fragile trouve une résonance particulière dans l'univers de Dumas. Une autre adaptation à l'époque du muet est le très beau Monte-Cristo d'Henri Fescourt réalisé en 1928 et qualifié de "sublime" par Jean Mitry. En 1934, Rowland V. Lee signe un Comte de Monte-Cristo remarqué pour la prestation de Robert Donat qui révèle la dimension mélancolique et tragique du personnage principal. En France, Robert Vernay réalisera deux versions, une première en 1942 avec Pierre-Richard Willm qui compose un Monte-Cristo hiératique, noble dans le chagrin. Dans la seconde adaptation tournée par Robert Vernay en 1958, c'est Jean Marais qui incarne le tourmenté Edmond Dantès.

La reine Margot

Deux grandes actrices françaises ont incarné la reine célèbre pour sa finesse et son indépendance. La reine Margot de Jean Dréville (1954), adapté du roman éponyme, est porté par la beauté grave de Jeanne Moreau et le scénario d'Abel Gance. En 1994 Patrice Chéreau dirige Isabelle Adjani dans La reine Margot. Dans ce film qui atteint au sublime, le réalisateur transcende la reconstitution historique à travers une mise en scène fiévreuse et habitée. Les acteurs, comme hantés par leurs personnages, impriment une puissance lyrique à cette œuvre qui a valu à Isabelle Adjani le César de la meilleure actrice, à Jean-Hugues Anglade le César du meilleur second rôle masculin, à Virna Lisi le César du meilleur second rôle féminin en 1995. Cette dernière a également reçu le prix d'interprétation féminine au Festival international de Cannes en 1994.

La dame de Monsoreau

La dame de Monsoreau de René Le Somptier (1923), entièrement coloré au pochoir, est transposé du roman du même nom dans un univers poétique. Ce film muet sur les amours tragiques de Diane de Méridor constitue un document intéressant quant aux procédés formels des débuts du cinéma.

La tour de Nesle

En 1954, Abel Gance, familier de l'univers "dumasien", réalise une brillante adaptation de La tour de Nesle, inspirée de la pièce de théâtre éponyme. Réalisé en 1964, La tour de Nesle de François Legrand (1964) avec Jean Piat est un film de cape et d'épée libertin et romantique.

Les mémoires d'un médecin : Joseph Balsamo

En 1949, Gregory Ratoff signe un envoûtant Cagliostro d'après le roman Les mémoires d'un médecin : Joseph Balsamo, dans lequel Orson Welles livre une interprétation sombre et ensorcelante du diabolique Balsamo, connu sous le nom de Cagliostro. Welles, qui était un fervent lecteur de Dumas, a également adapté Le comte de Monte-Cristo pour la radio en 1938.

Dumas sans Dumas

Cyrano et D'Artagnan
"Cyrano et D'Artagnan" d'Abel Gance
Droits réservés
Les personnages les plus célèbres créés par Dumas sont devenus des figures emblématiques qui appartiennent au patrimoine et à l'imaginaire collectifs. Plusieurs films ont ainsi extrait D'Artagnan des romans de Dumas pour le placer au sein d'aventures inédites. Dans Cyrano et D'Artagnan d'Abel Gance (1964), les fameux gascons, interprétés respectivement par José Ferrer et Jean-Pierre Cassel, se rencontrent et se lient d'amitié. Dans Si Versailles m'était conté de Sacha Guitry (1953), qui évoque l'histoire du château de Versailles, Gérard Philipe prête son élégante agilité à D'Artagnan. On retrouve le fameux mousquetaire, interprété cette fois par Maurice Barrier, dans La prise de pouvoir par Louis XIV de Roberto Rossellini (1966) qui relate avec finesse l'instauration de l'absolutisme par le Roi Soleil.

Filmographie sélective

Les trois mousquetaires
"Les trois mousquetaires" d'André Hunebelle
Droits réservés

La trilogie des mousquetaires

Le comte de Monte-Cristo

La reine Margot

La dame de Monsoreau

La tour de Nesle

Les mémoires d'un médecin : Joseph Balsamo

Dumas sans Dumas


Bibliographie

  • Le grand livre de Dumas, Charles Dantzig (dir), Belles Lettres, 1997
    > Ce livre contient une filmographie très importante établie par Hervé Dumont.
  • La reine Margot : un film de Patrice Chéreau d'après le roman d'Alexandre Dumas (Scénario), Danièle Thompson et Patrice Chéreau, Grasset, 1994

Pour en savoir plus

A découvrir au Forum des images

A découvrir sur Internet
  • Pour une filmographie très étoffée, vous pouvez consulter le site de la Société des Amis d'Alexandre Dumas qui propose également une bibliographie des œuvres de Dumas et des ouvrages qui lui sont consacrés, une biographie de l'écrivain, le calendrier des célébrations du bicentenaire ainsi que divers extraits des écrits de Dumas, des illustrations etc.
décembre 2002