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Le théâtre à l'écran

... et à Paris !
par Maud Lomnitz
Découvrez la richesse des scènes parisiennes, des œuvres et des auteurs de théâtre qui ont inspiré Carné, Lubitsch, Mnouchkine ou Chéreau : vous vous prendrez peut-être à rêver de brûler les planches dans les divers quartiers de Paris !

Acte I : le Moyen Âge et le XVIe siècle

Les premières représentations

La plus ancienne attestation d'une représentation théâtrale à Paris remonte à 1380. C'est à cette date que sont mis en scène dans les églises les premiers mystères, notamment la Passion du Christ, comme l'évoque le documentaire Les théâtres (1974) qui propose un historique des scènes parisiennes depuis cette époque. En 1402, les Confrères de la Passion et de la Résurrection de Notre Seigneur Jésus-Christ obtiennent l'autorisation du roi Charles VI de s'installer dans une salle de l'hôpital de la Trinité, située dans la rue Saint-Denis.

L'hôtel de Bourgogne

Les Confrères achètent en 1548 une dépendance de l'hôtel de Bourgogne dont l'emplacement se trouve actuellement rue Étienne-Marcel. Le film Cyrano de Bergerac (1960) de Claude Barma offre une reconstitution de cet illustre hôtel de Bourgogne, où ont été montées de nombreuses pièces pendant plus de deux siècles. Malgré le monopole de la Confrérie régulièrement contesté par le Parlement de Paris, des troupes ambulantes se produisent dans des salles de jeu de paume, appelées aussi tripots car on y joue habituellement de l'argent.

Acte II : le XVIIe siècle

Le siècle du théâtre

Au XVIIe siècle, le théâtre devient le divertissement principal de la Cour. Les fondements des règles classiques, en particulier les trois unités (d'action, de lieu et de temps) importées par l'Italien Jules-César Scalgier, s'élaborent à cette époque. Les troupes parisiennes jouent les chefs-d'œuvre de Corneille, Molière et Racine dans les différentes salles de la ville. Parallèlement se développent le théâtre de rue sur les tréteaux du Pont-Neuf et de la place Dauphine, ainsi que la commedia dell'arte.

Le Théâtre du Marais

Appuyée par Richelieu qui apprécie le théâtre et le talent de son protégé Pierre Corneille, la prestigieuse troupe Le Noir - Montdory s'installe en 1634 au Jeu de paume du Marais, situé à l'emplacement actuel du 90 rue Vieille-du-Temple. La célèbre pièce de Corneille Le Cid y triomphe en 1637 : comme le rapporte Boileau, "Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue" (Satire IX, l. 30). L'aménagement de ce tripot à la mode en théâtre met un terme au monopole de l'hôtel de Bourgogne.

Molière à Paris

Malgré l'échec de l'aventure de l'Illustre-Théâtre, Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, obtient la protection du frère de Louis XIV, Philippe d'Orléans, qui lui permet de s'installer au Petit-Bourbon de 1558 à 1560. Cette nouvelle compagnie est appelée la "Troupe de Monsieur" en référence au surnom de son bienfaiteur. Réalisé en 1978, Molière, le film en deux parties d'Ariane Mnouchkine avec dans le rôle-titre Philippe Caubère, retrace le parcours du grand auteur qui a voué sa vie au théâtre. La troupe de Molière est ensuite transférée au Palais Royal situé rue Saint-Honoré. Les différents lieux parisiens que Molière a marqués de son passage sont décrits dans le court documentaire Molière à Paris (1973) de Jacques Planchon. De 1661 à 1673, Paris est ainsi doté de trois théâtres : l'hôtel de Bourgogne, le théâtre du Marais et le Palais Royal.

La fondation de la Comédie-Française

En 1673, à la mort de l'auteur du Malade imaginaire, la "Troupe de Molière" se fond avec celle du théâtre rival du Marais pour emménager toutes les deux dans l'hôtel de Guénégaud, situé aujourd'hui 42 rue Mazarine. En 1680, Louis XIV ordonne aux deux troupes rivales, celle de l'hôtel de Bourgogne et celle de l'hôtel de Guénégaud, de fusionner pour devenir une troupe unique et permanente, obtenant ainsi le monopole de toutes les représentations théâtrales. Cette société de comédiens s'installe de 1689 à 1770 à l'hôtel des Comédiens du Roi dans la rue des Fossés-Saint-Germain, aujourd'hui au 14 rue de l'Ancienne-Comédie.
Comédie-Française, un court métrage réalisé par Jack Sanger en 1968, retrace l'histoire mouvementée de cette troupe de 1680 à aujourd'hui. Les sociétaires ont en effet connu de nombreux déménagements. De 1770 à 1782, ils ont été logés provisoirement dans la salle des Machines aux Tuileries, d'où sont nées les appellations "côté cour" et "côté jardin" : les spectateurs ont alors, sur leur gauche, le jardin des Tuileries et, sur leur droite, la cour du Carrousel. Avant de s'installer définitivement en 1799 dans la salle Richelieu, place du Théâtre-Français, les comédiens font un bref passage dans une salle construite spécialement pour eux par les architectes Marie-Joseph Peyre et Charles de Wailly et inaugurée par la reine Marie-Antoinette le 9 avril 1782. Ce premier théâtre monumental est devenu aujourd'hui L'Odéon théâtre de l'Europe (Olivier Sadock, 2000).

Acte III : le XVIIIe siècle

Le théâtre de foire

Le public apprécie particulièrement les spectacles forains offerts au cours de grandes foires parisiennes : au XVIIIe siècle, les deux principales foires sont celle de Saint-Germain, située aux alentours de l'actuelle rue Mabillon, et celle de Saint-Laurent, située entre le croisement des actuels boulevards de Strasbourg et de Magenta et la gare de l'Est. Comme l'explique l'écrivain et philosophe Michel Serres dans un documentaire de Pierre Samson réalisé en 1981, Le mot foire, ces lieux ont toujours été propices au rassemblement populaire autour d'un spectacle monté de manière spontanée et désordonnée.

Le siècle de Voltaire, Marivaux et Beaumarchais

Dans le sillage de Corneille et Racine, le philosophe des Lumières Voltaire monte à la Comédie-Française des tragédies aujourd'hui méconnues. Marivaux, quant à lui, écrit des pièces dans la tradition de la commedia dell'arte pour la troupe du Théâtre-Italien : le dramaturge analyse avec justesse la psychologie amoureuse dans des comédies comme Le jeu de l'amour et du hasard (1730) et Le triomphe de l'amour (1732). Parmi les nombreuses représentations de ces pièces, la mise en scène du Triomphe de l'amour de Marivaux par Frédéric Klepper au théâtre du Rond-Point en 1985 a été enregistrée par Olivier Mergault. C'est également au XVIIIe siècle que les pièces de Pierre Caron de Beaumarchais rentrent au répertoire de la Comédie-Française : Le barbier de Séville est joué dans ce théâtre pour la première fois en 1775. Beaumarchais atteint le sommet de sa carrière en 1784 avec la création tumultueuse du Mariage de Figaro, comédie annonciatrice de l'esprit révolutionnaire.

Les bouleversements révolutionnaires

Après la prise de la Bastille de 1789, la Comédie-Française prend le nom de théâtre de la Nation et perd son monopole par décret le 13 janvier 1791. Suite à la fin du statut privilégié de la Comédie-Française, de nombreuses salles s'ouvrent à Paris. L'histoire d'un théâtre, le Molière (Alain Frydman, 1995) remonte à cette époque mouvementée : inaugurée avec Le misanthrope de Molière en 1791, cette salle a été transformée en 1995 en Maison de la poésie située aujourd'hui passage Molière et 157 rue saint-Martin dans le 3e arrondissement.
Les troubles de la Révolution, qui ont d'ailleurs inspiré Ariane Mnouchkine pour écrire sa pièce 1789 (1974), touchent également les sociétaires de la Comédie-Française : suivi de ses camarades républicains, le grand tragédien Talma (Roland-Bernard, 1968) démissionne et s'installe rue de Richelieu aux Variétés amusantes qui devient le théâtre de la République en 1792. Sept ans plus tard, le gouvernement concède à la Société des Comédiens-Français le théâtre français de la République, rue de Richelieu : le 30 mai 1799, date qui correspond dans le calendrier républicain au 11 prairial de l'an VII, la nouvelle Comédie-Française ouvre ses portes.

Acte IV : le XIXe siècle

Le théâtre bourgeois

Le XIXe siècle est l'époque du théâtre bourgeois. Parmi les auteurs dramatiques du XIXe siècle, Victorien Sardou reste connu pour la pièce très populaire Madame Sans-gêne créée au théâtre du Vaudeville en 1893. Après avoir épousé le Sergent Lefebvre qui devient Maréchal de France, le personnage principal de cette comédie historique se retrouve à la cour de Napoléon Ier. Cette femme du peuple est merveilleusement interprétée par Arletty dans l'adaptation de Roger Richebé Madame Sans-Gêne (1942).
Le Paris du Second Empire regorge de salles de théâtre très variées. De nombreuses séquences du film de Christian-Jaque Nana, tourné en 1954, se déroulent dans les loges, les coulisses et sur la scène du théâtre des Variétés. La petite bourgeoisie de cette période est également dépeinte de façon caricaturale dans le théâtre comique et vaudevillesque d'Eugène Labiche : le film burlesque réalisé par Henri Diamant-Berger L'affaire de la rue l'Ourcine reprend une de ses pièces écrite en 1857 pour la porter à l'écran en 1923 alors que le cinéma était encore muet.

La bataille de Hernani

En 1829, la première à la Comédie-Française de Henri III et sa cour d'Alexandre Dumas père donne le coup d'envoi des grandes batailles du théâtre romantique. Un an plus tard, le 25 février 1830, c'est la première de Hernani ou l'honneur castillan, pièce de Victor Hugo affranchie de toute règle et inspirée de Shakespeare et des romantiques allemands. Dans le documentaire consacré à Théophile Gautier 32 rue de Longchamp (1965) de Roland-Bernard, Alain Decaux relate la première représentation tumultueuse de Hernani au Théâtre-Français qui a servi de prétexte à une véritable bataille entre les classiques et les romantiques : parmi les romantiques "Jeune-France" qui insultent les "perruques" fidèles aux règles classiques, se distingue Théophile Gautier revêtu de son gilet rouge flamboyant, grand admirateur de Victor Hugo. Malgré toute cette agitation, la pièce Hernani triomphe.

Le siècle du mélodrame

Le mélodrame, nouveau genre théâtral populaire, fait son apparition au XIXe siècle : les pièces caractérisées par des intrigues invraisemblables, des situations violentes et un langage outrancier sont accompagnées par une partition musicale. La pièce La tour de Nesle d'Alexandre Dumas et Frédéric Gaillardet, montée en 1832 au théâtre de la Porte Saint Martin est considérée comme l'un des mélodrames les plus savoureux du genre. Plus d'un siècle après le bouleversant acteur Bocage qui joue sur les planches du théâtre de la porte Saint-Martin, le grand comédien Jean Piat interprète le rôle principal dans La tour de Nesle librement adapté par François Legrand en 1964. Adolphe Philippe, dit Dennery, est un autre auteur dramatique habile et fécond dans l'art d'écrire des mélodrames : sa pièce Les deux orphelines montée en 1874 a rencontré à nouveau un succès populaire lors de la sortie de l'adaptation cinématographique de Maurice Tourneur en 1932 (Les deux orphelines). Une nouvelle adaptation de ce mélodrame Les deux orphelines a été réalisée par Riccardo Freda en 1965.

Le boulevard du Crime

À partir de 1791, date à laquelle la Révolution donne à Paris "la liberté des théâtres", de nombreuses salles fleurissent sur le boulevard du Temple. Comme l'expliquent les directeurs du théâtre Hélène et Bernard Régnier dans Théâtre de la porte Saint-Martin (2001), le boulevard du Temple, lieu favori de déambulation des Parisiens, s'étend alors le long de la "Promenade des remparts", de la Bastille à l'emplacement actuel de la place de la République. De l'époque de Louis XVIII au milieu du Second Empire, le boulevard du Temple, appelé aussi boulevard du Crime en raison des nombreux assassinats joués sur scène, attire les foules dans de "grands" théâtres, mais aussi dans de "petits" théâtres très populaires. Aujourd'hui, nombre de ces salles ont disparu car une partie du boulevard a été démoli en 1862 pour établir les plans du baron Haussman et ainsi construire la place de la République.

Le théâtre de la porte Saint-Martin

Les grands théâtres du boulevard du Temple - l'Ambigu-Comique, la Gaîté, le Théâtre-Historique et le Cirque Olympique - ont désormais disparu ou ont été reconstruits ailleurs dans Paris. Pourtant il reste toujours le théâtre de la porte Saint-Martin qui date de 1781. Réalisé en 1960 par Claude Dagues, le documentaire Théâtre de la porte Saint-Martin se présente sous la forme d'un historique scénarisé du théâtre de la fin du XVIIIe au début du XXe siècle, en alternance avec des extraits de pièces du répertoire, notamment Antony d'Alexandre Dumas, Lucrece Borgia de Victor Hugo, Patrie de Victorien Sardou, Cyrano de Bergerac et Chantecler d'Edmond Rostand. Ce film évoque de nombreuses personnalités qui ont marqué l'histoire de ce théâtre, en particulier Félix Harel, le "Napoléon des directeurs" sans cesse traqué par les créanciers, formidablement incarné par Michel Galabru.

Les Funambules

Dès son ouverture en 1815, le Tout-Paris vient s'encanailler dans le plus célèbre des petits théâtres, les Funambules, qui a été immortalisé dans des films célèbres. Les enfants du paradis (1945) reconstitue admirablement le boulevard du Temple et ce théâtre qui accueille, au dernier balcon appelé aussi le "paradis", les habitués des places bon marché. Les dialogues savoureux de Jacques Prévert mettent à l'honneur les amours et les destins croisés des personnages comme l'évoque la célèbre phrase de Garance adressée à Frédérick Lemaître : "Paris est tout petit pour les gens qui s'aiment comme nous d'un aussi grand amour." Dans la première partie de ce chef-d'oeuvre de Marcel Carné intitulée Le boulevard du Crime, les deux grands comédiens marquants du XIXe siècle, Jean-Baptiste Deburau et Frédérick Lemaître, incarnés respectivement par Jean-Louis Barrault et Pierre Brasseur, montent une pantomime avec Garance (Arletty). Jean-Gaspard, dit Jean-Baptiste Deburau, a inventé le Pierrot romantique vêtu d'une vaste blouse blanche et à l'air malheureux. Ce mime de génie du XIXe siècle inspire également Sacha Guitry pour écrire une pièce qu'il transpose à l'écran : dans Deburau (1951), l'auteur-cinéaste-acteur Sacha Guitry rend hommage à la carrière de ce comédien. Le film cite d'ailleurs la critique élogieuse de Jules Janin parue dans Le journal des débats et titrée "Le mime le plus illustre de son temps Deburau".

La première "star" : Sarah Bernhardt (1844-1923)

Dans le documentaire Sarah d'Edgardo Cozarinsky réalisé en 1988, Delphine Seyrig prête sa voix à la grande tragédienne Sarah Bernhardt pour raconter sa vie et sa carrière théâtrale à la première personne. Comme en témoigne une phrase de Paul Morand citée dans ce documentaire, le mythe de la comédienne Sarah Bernhardt est fortement lié à Paris : "En 1900, à Paris, la vie était un théâtre, et à elle-seule Sarah était ce théâtre-là". Tout au long de sa vie, la comédienne explore un répertoire très diversifié dans de nombreux théâtres parisiens. Elle joue au Français puis à l'Odéon. Elle devient directrice du théâtre de la porte Saint-Martin où elle a interprété Théodora de Victorien Sardou et La dame aux camélias qu'elle n'abandonnera jamais de son répertoire. Elle achète le théâtre de la Renaissance où elle reprend Phèdre. Au début du XXe siècle, elle déménage dans le théâtre de la place du Châtelet qui portera son nom jusqu'en 1968 pour s'appeler ensuite le théâtre de la Ville : c'est sur cette scène qu'elle monte les pièces Hamlet de Shakespeare et L'aiglon d'Edmond Rostand dans lesquels elle joue les rôles-titres masculins. À travers des images de ses obsèques, de nombreux documents d'archives et des photos de Nadar, le documentaire Sarah rend hommage à la carrière de cette femme excessive et audacieuse qui a dédié sa vie au théâtre et dont le style lyrique si cher à ses yeux envoûtait les foules.
"Je n'ai pas aimé le cinéma qui m'amputait de ma voix, qui est venu au monde quand je n'étais plus jeune. Peut-être qu'il me l'a bien rendu. Ces bribes qu'il a gardées de mes présences insignifiantes, parfois grotesques, sont tellement disproportionnées avec ma renommée qu'elles ne peuvent que protéger mon mystère et y contribuer". Dans le documentaire d'Edgardo Cozarinsky, Delphine Seyrig cite cette phrase de Sarah Bernhardt pour évoquer ses rapports avec l'art naissant du cinéma et sa vie dédiée au théâtre qui a fait d'elle un monstre sacré.

Acte V : le XXe siècle

Quelques auteurs

Georges Feydeau (1862-1921)
Dans la lignée d'Eugène Labiche, Georges Feydeau est considéré comme le maître du vaudeville qui a réussi à porter à son point de perfection ce genre théâtral populaire : avec une maîtrise technique des mécanismes comiques, Feydeau décrit les mœurs des cercles bourgeois parisiens du début du XXe siècle en concentrant son attention sur le thème de l'adultère pour le grand plaisir des spectateurs. Les pièces célèbres de Georges Feydeau ont inspiré de nombreux réalisateurs : parmi eux, on peut citer Claude Autant-Lara (Occupe-toi d'Amélie, 1949), Claude Barma (Le dindon, 1951), Pierre Sabbagh pour l'émission de télévision Au théâtre ce soir (Le dindon, 1969), Guy Lefranc (Le fil à la patte, 1955), ou encore Jean-Pierre Marchand (On va faire la cocotte, 1962).
Tristan Bernard (1866-1947)
L'auteur dramatique Tristan Bernard gagne les faveurs du public boulevardier de la Belle Époque pour ses talents d'humoriste et son inventivité à composer des pièces à mi-chemin entre le vaudeville et la comédie de mœurs. Tristan Bernard, qui a donné son nom au théâtre Tristan Bernard situé 64 rue du Rocher dans le 8e arrondissement, reste aujourd'hui dans les mémoires pour son sens de la formule et du bon mot. Dans le documentaire Rencontres au petit café (Roland-Bernard, 1966), des proches et des membres de la famille de Tristan Bernard évoquent la personnalité de l'auteur dans le décor d'un café de l'avenue Niel dans le 17e arrondissement, lieu d'inspiration pour la pièce Le petit café (1911) qui évoque avec ironie la vie parisienne du début du siècle. Cette célèbre pièce a été adaptée pour le cinéma par le fils de Tristan Bernard en 1917, avec dans le rôle principal Max Linder, et pour la télévision par François Gir en 1967 (Le petit café). Le poignard malais (1930) de Roger Goupillières, tourné d'après Tristan Bernard, traite de la légèreté féminine et des tentations de la capitale. Ce film, réalisé à une époque charnière de l'histoire du cinéma, révèle les difficultés des acteurs à adapter leur jeu théâtral au parlant.
Antonin Artaud (1896-1948)
La vie parisienne d'Antonin Artaud remonte à 1920 lorsqu'il monte à la capitale : il commence une carrière littéraire avec André Breton puis à la Nouvelle Revue Française. Il s'oriente ensuite vers le théâtre. Il collabore avec Louis Jouvet, Charles Dullin et Georges Pitoëff, et fonde avec Roger Vitrac en 1927 le théâtre Alfred Jarry. Il exprime dans son œuvre la plus connue, Le théâtre et son double, son esthétique du "théâtre de la cruauté" destinée à ramener l'esprit "vers la source de ses conflits" par une "union de la pensée, du geste, de l'acte". Il écrit également Tric-trac du ciel, L'ombre des limbes, Le pèse-nerfs, Les Tarahumaras, Van Gogh, le suicidé de la société et Artaud le Mômo. Ses textes poétiques qui remettent en cause l'exercice théâtral vont faire sa gloire à partir des années 1960.
A travers La véritable histoire d'Artaud le Mômo de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, tourné en 1993, sont retracées les trois dernières années de la vie du poète Artaud : le 26 mai 1946, après neuf ans d'internement dans l'hôpital psychiatrique de Rodez, Artaud revient à Paris, accueilli à la gare d'Austerlitz par ses amis. De retour à Paris, Artaud déploie jusqu’à sa mort en 1948 une extraordinaire activité créatrice. Dans ce documentaire, ses proches évoquent ce personnage d'exception qui a bouleversé leur vie. Ses amis et ses amours font revivre, à travers leurs témoignages, la voix, le visage et la présence de cet homme fascinant. Ils reviennent sur son parcours entre la Maison de santé d'Ivry, où il est entièrement libre de son temps, et le quartier de Saint-Germain-des-Près qu'il fréquente dans l'immédiat après-guerre. La personnalité d'Antonin Artaud se dégage d'ailleurs du documentaire Voilà l'ordre (Jacques Baratier, 1966) sur la période existentialiste de Saint-Germain-des-Près où évoluent Boris Vian et l'auteur dramatique Jacques Audiberti, grand admirateur d'Artaud.
La relation très forte entre Artaud et le poète Jacques Prevel sert de point d'ancrage à deux films qui viennent compléter La véritable histoire d'Artaud le Mômo : le premier, la fiction intitulée En compagnie d'Antonin Artaud (1993) de Gérard Mordillat avec Sami Frey, reconstitue l'amitié des deux hommes à partir des confidences de Jacques Prevel laissées dans son journal ; le second, le documentaire Jacques Prevel, de colère et de haine (1993) de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur, dresse le portrait de cet homme, ami et admirateur d'Artaud.
Le théâtre de l'absurde : Eugène Ionesco (1909-1994)
Dans le bouillonement de l'avant-garde d'après-guerre surgit l'auteur dramatique d'origine roumaine Eugène Ionesco. Il développe un théâtre qui cherche à toucher tous les sens, grâce aux ressources offertes par les techniques modernes. Selon l'idée que "tout est permis au théâtre", il pratique dans ses pièces le mélange des genres et la manipulation du langage. Le film Eugène Ionesco (1909 - 1994), réalisé en 2000 par Philippe Truffault, retrace la vie et l'œuvre de ce génie du détournement et de l'absurde à partir d'interviews, d'images d'archives et d'extraits de pièces et de films. Ce documentaire met en évidence la richesse des thématiques développées dans ses pièces : la parodie du théâtre de boulevard dans La cantatrice chauve (1950) ; la domination agressive du professeur jusqu'au meurtre et au viol de son élève dans La leçon (1951) ; l'angoisse tragique née du fanatisme idéologique dans Rhinocéros (1959) ; la hantise de la mort dans Le roi se meurt (1962).
Ionesco poursuit une réflexion sur l'art dramatique dans Notes et contre-notes dont voici une phrase révélatrice de sa démarche : "S'il faut absolument que l'art ou le théâtre serve à quelque chose, je dirai qu'il devrait servir à apprendre aux gens qu'il y a des activités qui ne servent à rien et qu'il est indispensable qu'il y en est".
L'œuvre théâtrale d'Ionesco est fortement liée au théâtre de la Huchette, situé au 23 de la rue du même nom dans le 5e arrondissement. Les représentations de La cantatrice chauve et de La leçon ont lieu pour la première fois au théâtre de la Huchette le 7 octobre 1952. Les deux courts documentaires 50 fauteuils pour Ionesco (Yves Allain et Antoine Bourseiller, 1966) et Entretien avec Eugène Ionesco (Pierre Vatteone, 1980) évoquent ces deux pièces présentées par Eugène Ionesco et jouées tous les soirs au théâtre de la Huchette, "le plus petit théâtre d'Europe en plein cœur de Paris". Malgré une interruption de quatre ans entre le 26 avril 1953 et le 16 février 1957, ces deux pièces ont été jouées sans interruption au théâtre de la Huchette jusqu'à aujourd'hui : données successivement à 19h30 et 20h30, elles détiennent le record de longévité sur scène.
Au cinéma, Manoel de Oliveira cite Eugène Ionesco dans son film Je rentre à la maison (2000) : au début de cette fiction, un comédien de théâtre, Gilbert Valence, dont la longue carrière lui a valu de jouer les plus grands rôles, apprend à l'issue de son interprétation de Béranger Ier dans Le roi se meurt que sa femme, sa fille et son gendre sont morts dans un accident de la route. Ce drame fait étrangement écho au thème de la pièce qui analyse les différentes étapes marquant le passage de la vie à la mort. Dans le film de Manoel de Oliveira, Gilbert Valence joue également dans la dernière pièce de William Shakespeare La tempête et le roman du XXe siècle Ulysse de James Joyce.

Quelques metteurs en scène

Jacques Copeau (1879-1949)
En tant que réformateur du théâtre, Jacques Copeau dénonce le mercantilisme et refuse le naturalisme du théâtre libre d'André Antoine. Il s'inscrit dans la lignée de Lugné-Poe. Il publie en 1913 un manifeste sous le titre Un essai de rénovation dramatique dans la Nouvelle Revue Française, qu'il a fondé avec André Gide, Jean Schlumberger et Gaston Gallimard en 1907. Copeau y affirme son ambition de rendre au théâtre son "lustre et sa grandeur".
Comme l'indique le documentaire Entre deux jardins réalisé en 1994 par Laszlo Horvath, Jacques Copeau, accompagné de Charles Dullin et Louis Jouvet, décide de s'installer rive gauche dans l'ancien Athénée-Saint-Germain, loin des salles opulentes des grands boulevards parisiens : le 23 octobre 1913, le théâtre du Vieux-Colombier, stiué 21 rue du Vieux-Colombier, ouvre ses portes. La Grande Guerre éloigne Jacques Copeau de Paris car il est chargé par Georges Clemenceau d'ouvrir un théâtre français à New-York.
A son retour en 1920, et jusqu'en 1924, date à laquelle il quitte le théâtre du Vieux-Colombier, Jacques Copeau développe une mise en scène épurée de tout décor et de tout accessoire afin de privilégier l'œuvre et l'auteur, ce qui n'exclut pas une allégresse dans le jeu. Ce lieu permet à Jacques Copeau de mettre en place son esthétique de "tréteau nu" pour monter des pièces aussi bien classiques que contemporaines. La radicalité et les idées engagées de Jacques Copeau sont l'âme de ce théâtre qui a réouvert le 7 avril 1993 : le court métrage d'Olivier Sadock Le théâtre du Vieux-Colombier (2000) retrace l'historique de ce lieu fortement marqué par la personnalité de son fondateur et qui est aujourd'hui la deuxième salle de la Comédie-Française.
Soucieux des mêmes préoccupations que Jacques Copeau, quatre chefs de troupe, Louis Jouvet, Charles Dullin, Gaston Baty et Georges Pitoëff, refusent l'envahissement du théâtre commercial et fondent le 6 juillet 1927 l'association des Théâtres du Cartel "basée sur l’estime professionnelle et le respect réciproque qu’ils ont les uns pour les autres".
Louis Jouvet (1887-1951)
Le documentaire Louis Jouvet (1971) de Roland-Bernard évoque les trois théâtres parisiens qui ont marqué la carrière du comédien et directeur Louis Jouvet : le théâtre du Vieux-Colombier, la Comédie des Champs-Elysées et le théâtre de l'Athénée. Après l'aventure du Vieux-Colombier aux côtés de Jacques Copeau, Louis Jouvet devient, de 1924 à 1934, le directeur de la Comédie des Champs-Elysées, situé 15 avenue Montaigne dans le 8e arrondissement : il rencontre un immense succès dans le rôle-titre de la comédie de Jules Romains Knock ou le triomphe de la médecine. En 1929, Louis Jouvet qui envoûte le public de sa présence exceptionnelle vole la vedette à Michel Simon dans la comédie sentimentale Jean de la lune. L'auteur de la pièce, Marcel Achard, l'adapte au cinéma en 1948 dans le film éponyme Jean de la lune interprété par Danielle Darrieux et François Périer.
De 1934 à 1951, Louis Jouvet dirige le théâtre de l'Athénée situé square de l'Opéra-Louis-Jouvet. La personnalité de cet homme de théâtre, également chéri par le cinéma, a profondément marqué ce lieu qui aujourd'hui porte son nom. Il y monte aussi bien des auteurs classiques à redécouvrir, en particulier Molière, que des créations contemporaines. C'est ainsi que sa collaboration avec l'auteur dramatique Jean Giraudoux reste gravé dans les mémoires : Giraudoux considère Jouvet non seulement comme un interprète mais aussi comme un grand inspirateur. De retour d'Amérique du Sud en 1945, Jouvet monte au théâtre de l'Athénée La folle de Chaillot : cette pièce est l'occasion pour la grande comédienne Marguerite Moréno d'apparaître sur scène pour la dernière fois. Le documentaire de Monique Chapelle Madame Moréno (1965) revient sur la vie de cette grande dame du théâtre. La pièce de Giraudoux La folle de Chaillot a inspiré des réalisateurs français et étrangers, toujours soucieux de choisir des interprètes talentueuses pour jouer le rôle-titre et assurer la relève de Marguerite Moréno : en 1969, l'américain Bryan Forbes réalise La folle de Chaillot en 1969 dans un Paris reconstitué en studio où évolue Katharine Hepburn ; c'est au tour d'Edwige Feuillère d'incarner l'extravagante comtesse dans La folle de Chaillot de Giraudoux de Gérard Vergez en 1976.
L'apport de Louis Jouvet en ce qui concerne le travail d'acteur de théâtre est mis en valeur dans le film de Benoît Jacquot Elvire Jouvet 40 (1986) qui restitue le spectacle conçu par Brigitte Jaques pour le théâtre national de Strasbourg, en janvier 1986. Ce film souligne la relation pédagogique entre l'intransigeant Jouvet interprété par Philippe Clévenot et une jeune comédienne, Claudia, incarnée par Maria de Medeiros, qui s'exerce sur le rôle d'Elvire dans Dom Juan de Molière. Benoît Jacquot choisit de privilégier la personnalité de Louis Jouvet qui apparaît en passeur entre l'image filmée et le théâtre. La caméra suit les gestes du maître et se concentre sur son regard. Dans le documentaire La scène Jouvet (1987), Benoît Jacquot revient sur les cours d'art dramatique de Louis Jouvet à travers les témoignages de la véritable Claudia, Paula Dehelly de son vrai nom, qu'il a retrouvée, d'une proche collaboratrice de Jouvet, Marthe Herlin-Besson, et des metteurs en scène Antoine Vitez et Giorgio Strehler.
Ce grand homme de théâtre, que représente Louis Jouvet, a contribué aux innovations scéniques du théâtre moderne et à une conception plus intime des relations avec le public. Il meurt en août 1951 : lors de ses obsèques filmées par les opérateurs des actualités cinématographiques (Eclair Journal de juillet à octobre 1951), le discours de Jean-Louis Barrault et la présence de grandes personnalités du théâtre lui rendent un dernier hommage.
Louis Jouvet excelle également au cinéma où ses collaborations avec le dialoguiste Henri Jeanson restent fameuses, en particulier dans des films qui ont pour décor Paris tels que Hôtel du Nord (1938) de Marcel Carné, Copie conforme (1946) de Jean Dréville et Les amoureux sont seuls au monde (1947) de Henri Decoin.
Charles Dullin (1885-1949)
Dès 1913, Charles Dullin est également l'un des compagnons de Jacques Copeau au théâtre du Vieux-Colombier. En 1921, il fonde sa propre équipe sous le nom de l'Atelier et s'installe en 1922 au théâtre Montmartre qui avait été aménagé pendant quelques années comme salle de cinéma et qui porte désormais le nom de sa troupe. Dullin refuse lui aussi de céder aux tentations commerciales et fait de son théâtre un lieu de poésie et de réflexion.
Parmi les quatre membres du Cartel, Charles Dullin est le seul à diriger une école de comédiens. Il a d'ailleurs été le professeur d'élèves devenus célèbres : dans le documentaire Charles Dullin réalisé en 1985 par Georges Paumier, les témoignages de nombreuses personnalités telles que Jean-Louis Barrault dressent le portrait de cet homme qui a beaucoup apporté au théâtre moderne. Charles Dullin décède le 12 décembre 1949. Ses anciens disciples et amis sont interviewés dans le documentaire de Roland-Bernard Anniversaire de la mort de Dullin pour lui rendre hommage dix ans plus tard au théâtre de l'Atelier, situé place Charles Dullin dans le 18e arrondissement.
Ce court métrage est également ponctué de films où apparaît Charles Dullin, comme la série des Misérables de Raymond Bernard réalisé en 1933. Le théâtre de l'Atelier est devenu une scène parisienne emblématique du quartier de Montmartre : il fait partie des principaux lieux de tournage du Grain de sable de Pomme Meffre où Delphine Seyrig interprète une caissière du théâtre mise au chômage et confrontée à la solitude.
Jean-Louis Barrault (1910-1994)
Élève du mime Etienne Decroux, à qui il rend hommage dans le documentaire de Jean-Claude Bonfanti Pour saluer Etienne Decroux (1992), Jean-Louis Barrault joue ensuite dans la troupe de Charles Dullin de 1933 à 1935. Pendant les années sombres de la Seconde Guerre mondiale, Jean-Louis Barrault met en scène à la Comédie-Française une pièce exceptionnelle qui éclaire cette période douloureuse : en 1943, il monte Le soulier de satin de Paul Claudel. Jean-Louis Barrault revient sur sa rencontre avec l'auteur dans le film en deux parties de Jacques Demeure Portrait souvenir : Paul Claudel (1963), qui est rythmé par de nombreux extraits de répétitions du Soulier de satin. La mise en scène de cette pièce majeure du XXe siècle, considérée comme un véritable événement, lui assure la célébrité.
Suite à leur rencontre sur le tournage de Hélène d'Yves Allégret en 1936, Jean-Louis Barrault épouse Madeleine Renaud en 1940 et fonde avec elle la compagnie Renaud-Barrault en 1946 au théâtre Marigny, situé dans les jardins le long des Champs-Élysées. Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault (1957) de Denise Billon est consacré à la carrière théâtrale de ce couple exceptionnel. Jean-Louis Barrault et son épouse vont continuer à mener une vie itinérante en s'installant successivement dans plusieurs théâtres situés dans les différents coins de la capitale. Le reportage réalisé par Yves Allain Théâtre de France (1965) saisit l'atmosphère qui règne à l'Odéon, rebaptisé Théâtre de France à l'époque où Jean-Louis Barrault y est directeur.
Chassé de l'Odéon par les évènements de 1968, il se réfugie d'abord à l'Elysée-Montmartre, situé 72 boulevard Rochechouart dans le 18e arrondissement. Les circonstances de son départ forcé de l'Odéon et les répétitions du spectacle Rabelais, qui sera un de ses plus grands triomphes, sont évoquées dans le court métrage De l'Odéon à l'Élysée-Montmartre (Jean-Claude Dechamps, 1969). En 1972, il s'installe dans un théâtre mobile, gare d'Orsay. La transformation de ce lieu en musée du XIXe siècle l'oblige à nouveau à déménager au théâtre du Rond-Point situé à quelques mètres de son premier théâtre, le Marigny, sur l'autre trottoir des Champs-Élysées : Un nouveau théâtre pour Barrault a été réalisé à l'occasion de l'inauguration de cette salle en 1981. Une dizaine d'années avant sa mort, J. L. Barrault, un homme de théâtre revient sur la carrière de cet homme qui a fait preuve d'un grand éclectisme et d'une puissance d'invention tout au long de sa carrière. Ce film a reçu l'Aigle d'or, oscar hollywoodien du documentaire en 1983.
Parallèlement à sa carrière théâtrale, Jean-Louis Barrault apparaît épisodiquement à l'écran. Son interprétation de Baptiste dans Les enfants du paradis (1945) de Marcel Carné popularise son génie du mime. Quelques années plus tard, le téléfilm Le testament du docteur Cordelier (1960) de Jean Renoir donne l'occasion à Jean-Louis Barrault de livrer un magistral numéro d'acteur.
Ariane Mnouchkine et le théâtre du Soleil
Ariane Mnouchkine, dont le père Alexandre Mnouchkine a produit quelques films français, fonde en 1961 l'Association théâtrale des étudiants de Paris. Le 29 mai 1964, l'association devient le théâtre du Soleil qui connaît son premier grand succès avec Le songe d'une nuit d'été de Shakespeare en 1968. La compagnie s'installe en 1970 à l'ancienne Cartoucherie du bois de Vincennes qui devient un véritable phalanstère culturel où évoluent quatre-vingt comédiens aux trente-cinq nationalités et vingt-deux langues différentes. Dans un esprit communautaire et égalitaire où toute hiérarchie est exclue, chacun s'investit pleinement au sein de la troupe menée par une Ariane Mnouchkine exigeante. Le court métrage de Sylvain Bergère Le théâtre du Soleil (2000) retrace l'historique de la troupe qui trouve ses marques à la Cartoucherie de Vincennes, à la fois si proche et si loin de Paris. La transformation de la Cartoucherie correspond aux convictions d'Ariane Mnouchkine qui souhaite, à l'image de toute une génération d'artistes, renouveler l'expression théâtrale. En s'installant à Vincennes, Ariane Mnouchkine revendique son opposition à la scène bourgeoise des salles à l'italienne du cœur de Paris. Elle affirme son choix en faveur d'un lieu récupéré synonyme de progrès et d'engagement politique.
Ses prises de position politiques, qui trouvent un écho dans les événements de mai 1968, marquent très fortement ses choix artistiques et lui inspirent nombre de ses spectacles. Le film 1789 réalisé en 1974 révèle la pièce du même nom et les coulisses de la Cartoucherie de Vincennes. Elle donne aussi l'occasion à Ariane Mnouchkine d'exprimer sa réflexion concernant la mise en scène et ses conceptions théâtrales des événements historiques dans l'émission Théâtre et histoire (1971) de Nat Lilenstein. Ses choix sont toujours très engagés même lorqu'il s'agit de mettre en scène des œuvres classiques. L'approche spécifique d'Ariane Mnouchkine pour mettre en valeur la vigueur des vers shakespeariens sur une scène inspirée du monde oriental est parfaitement rendu dans le reportage Répétition Richard II (1982). Dans le documentaire d'Eric Darmon et Catherine Vilpoux Au soleil même la nuit (1997), les répétitions du Tartuffe de Molière dévoilent l'orientation choisie par Ariane Mnouchkine, qui livre un témoignage passionnant sur sa réflexion théâtrale : l'action de la pièce est transposée dans le milieu islamiste intégriste.
Patrice Chéreau
Patrice Chéreau est un metteur en scène aussi talentueux à l'écran que sur les planches. Son parcours très singulier, débuté dans le groupe de théâtre amateur du lycée Louis-le-Grand dans les années 1960, croise le chemin de l'opéra - de 1976 à 1980, il travaille avec Pierre Boulez sur La tétralogie de Richard Wagner à Bayreuth - et celui du cinéma à partir des années 1970. Patrice Chéreau ne cesse depuis d'entreprendre un travail de metteur en scène de théâtre et de réalisateur de cinéma.
Patrice Chéreau monte La dispute de Marivaux en 1973 au Théâtre National Populaire de Villeurbane qu'il dirige alors avec Roger Planchon et Robert Gilbert, et se lance dans le cinéma un an plus tard avec La chair de l'orchidée. Au fur et à mesure de sa filmographie, Patrice Chéreau apprend à maîtriser les procédés cinématographiques tout en étant toujours soucieux de l'écriture et de la narration. Dans un perpétuel va-et-vient entre le théâtre et le cinéma, il devient de 1982 à 1990 le directeur du théâtre des Amandiers de Nanterre (situé 7 avenue Pablo-Picasso) où son étroite collaboration avec l'auteur Bernard-Marie Koltès contribue à faire découvrir les œuvres du poète dramatique. Le documentaire Le théâtre des Amandiers de Nanterre (Muriel Coulin, 2000) retrace l'historique de ce lieu marqué par la personnalité de Patrice Chéreau qui s'est attaché à créer toutes les pièces de Koltès au sein de ce théâtre. Une de ces pièces, Le retour du désert, a été reprise, toujours dans la mise en scène de Patrice Chéreau, au théâtre du Rond-Point des Champs-Élysées en 1988. Bernard-Marie Koltès a écrit le rôle principal pour Jacqueline Maillan : les répétitions constituent une séquence du documentaire de Gilles Nadeau La Maillan (1995) consacré à la grande actrice comique de théâtre et de cinéma.
Les expériences théâtrales et cinématographiques de Patrice Chéreau lui permettent de mener une réflexion sur ces deux modes d'expression et sur la place du metteur en scène : "Au cinéma, le metteur en scène peut être considéré comme un créateur, mais au théâtre, cette place appartient à l'auteur de la pièce". Il met également en place une école de comédiens où passent de nombreuses personnalités devenues célèbres telles que Valéria Bruni-Tedeschi, Vincent Pérez, Agnès Jaoui. La fin de l'aventure du théâtre des Amandiers donne l'occasion à Pascal Aubier de réaliser Portrait de Patrice Chéreau (1990) dans lequel Chéreau revient sur sa carrière.
En 1994, Patrice Chéreau rencontre un véritable succès public avec La reine Margot dans lequel le réalisateur atteint une réelle maturité cinématographique. Chéreau utilise tout ce que le théâtre lui a appris pour porter à l'écran l'univers romanesque d'Alexandre Dumas et créer une tragédie historique aux accents quasi-shakespeariens. Dans La reine Margot, Chéreau filme les acteurs en gros plan pour mieux scruter les ambitions et les secrets de ses personnages : pour lui, le cinéma semble en effet le rapprocher de l'acteur. Tous les témoignages concordent pour dire qu'un esprit de troupe de théâtre a régné sur le tournage. Patrice Chéreau apporte ainsi à ses films son style personnel emprunt de son expérience théâtrale.

Quelques théâtres

Le théâtre de la Ville
En 1968, le théâtre à l'italienne Sarah Bernhardt est transformé et prend alors le nom de théâtre de la Ville. Depuis les rénovations et le changement de nom du théâtre, la personnalité de Sarah Bernhardt qui a fortement marqué ce lieu n'est plus clairement affichée par le théâtre de la Ville : pourtant le café Sarah Bernhardt, situé juste à côté du théâtre, rappelle la présence passée de la tragédienne.
Les actualités cinématographiques de l'époque (Eclair journal novembre et décembre 1968) ainsi que le documentaire de Jean Dasque Naissance d'un théâtre (1969) évoquent les travaux et les nouvelles installations de cette salle désormais subventionnée par la mairie de Paris. Dès son ouverture, la direction de ce théâtre est confiée à Jean Mercure qui assure cette fonction jusqu'en 1984. Jean Mercure livre un témoignage très riche sur sa carrière, son travail au théâtre de la Ville et ses rencontres, avec notamment les membres du Cartel des quatre, dans le film Jean Mercure, un homme de théâtre (1992) réalisé par Simon Brook qui est également l'auteur du documentaire consacré à son père Peter Brook intitulé Brook par Brook (2001). La nouvelle décoration du théâtre conçue par François Morellet en 1991 fait l'objet d'un reportage intitulé Or et désordre (1991) réalisé par Philippe Dechambre. Depuis son ouverture en 1968, l'orientation artistique du théâtre de la Ville évolue profondément : la programmation s'est élargie à de nombreux spectacles de danse et de musique de tous les horizons. Le théâtre dispose désormais de deux salles, celle place du Châtelet et celle rue des Abbesses dans le 18e arrondissement.
La Comédie-Française aujourd'hui
Parmi les cinq théâtres nationaux, quatre se situent à Paris. Le plus ancien est bien entendu la Comédie-Française fondée en 1680. Depuis cette date, l'institution entretient des rites propres au théâtre français : les fameux trois coups frappés à l'aide du brigadier avertissent du début du spectacle. Dans la maison de Molière, la tradition veut que les trois coups soient frappés deux fois : une fois pour l'hôtel Guénégaud, une fois pour l'hôtel de Bourgogne en souvenir de la réunion des deux troupes en 1680.
A peine le XXe siècle vient-il de commencer qu'un terrible incendie ravage le Théâtre français le 8 mars 1900. Après sa rénovation complète, les représentations données dans la salle Richelieu reprennent. Au fil des saisons théâtrales du siècle, l'accent est mis sur la mise en scène et le répertoire qui ne cesse de s'élargir aux auteurs contemporains et étrangers. Les grands metteurs en scène que sont Louis Jouvet, Charles Dullin, Gaston Baty et Jean-Louis Barrault apportent un nouveau regard sur les classiques et proposent de nombreuses créations. En 1980, le 300e anniversaire de ce grand théâtre chargé d'histoire a fait l'objet d'un court documentaire intitulé Comédie-Française : tricentenaire dans lequel interviennent le directeur Pierre Dux et le responsable de la programmation Jacques Troja.
L'institution est servie par un ensemble d'hommes et de femmes dévoués à ce lieu très prestigieux. Leurs témoignages enregistrés dans le documentaire La Comédie Française (1985) réalisé par Jeannette Hubert permettent de mieux comprendre ses rouages. Dans Paroles d'acteurs Comédie-Française (Claude Mourieras, 1993), les comédiens, pensionnaires ou sociétaires, expliquent ce que représente pour eux le fait d'appartenir à la maison de Molière où plane la présence de nombreux auteurs classiques. Le documentariste américain Frederick Wiseman arpente les différentes parties du plus illustre théâtre parisien pour donner la parole au personnel du lieu : tout au long des trois heures de La Comédie-Française (1996), les comédiens ainsi que les techniciens partagent leur passion pour ce lieu et évoquent les faiblesses et les fragilités de l'institution. Entre deux représentations, les témoignages des comédiens et techniciens du Théâtre français font également l'objet du documentaire de Richard Valverde et Mireille Dumas Pleins feux sur la Comédie Française (1998).
Aujourd'hui, les représentations données par les Comédiens-français ont lieu dans trois salles : la salle Richelieu (place Colette) depuis 1799, le théâtre du Vieux-Colombier (21, rue du Vieux-Colombier) réouvert depuis 1993 comme cela est expliqué dans Le théâtre du Vieux-Colombier d'Olivier Sadock (2000), ainsi que le Studio-théâtre (99, rue de Rivoli) depuis 1996. La multiplicité de ses implantations parisiennes rappelle encore aujourd'hui la tradition des troupes théâtrales ambulantes.
Le théâtre national de l'Odéon
Inauguré en 1782, le théâtre de l'Odéon, situé au cœur du Paris rive gauche tout près du jardin du Luxembourg, a été construit pour abriter la Comédie-Française. Pendant la seconde moitié du XXe siècle, l'exploitation de la salle du théâtre de l'Odéon, alors appelée salle Luxembourg pour la distinguer de la salle Richelieu, est alternativement accordée puis retirée à la Comédie-Française. Comme le montre le court documentaire d'Olivier Sadock L'Odéon théâtre de l'Europe (2000), ce théâtre gagne sa pleine indépendance en 1990 et fait désormais partie des cinq théâtres nationaux de France.
Le théâtre national de Chaillot
L'immense salle du palais de Chaillot, située place du Trocadéro, est le lieu où s'installe en 1920 la troupe du Théâtre national populaire. Elle est dirigée jusqu'en 1933 par Firmin Gémier. Pour l'exposition universelle de 1937, la salle du palais de Chaillot, devenue Théâtre national du Trocadéro, est démolie puis reconstruite : la nouvelle salle est toujours occupée par le Théâtre national populaire. Le 1er septembre 1951, Jeanne Laurent, sous-directrice du théâtre et de la musique au ministère de l'Éducation nationale, nomme Jean Vilar directeur de la salle du palais de Chaillot. Les sessions de l'ONU ayant lieu dans cet endroit en attendant l'achèvement du siège de New York, Jean Vilar prend enfin possession de Chaillot le 30 avril 1952 avec L'avare de Molière. Il rendra célèbre ce théâtre sous le sigle TNP.
Comme l'illustre le documentaire Vilar : aventure et passion (Marcel Teulade, 1991), Jean Vilar souhaite "faire partager au plus grand nombre ce que l'on a cru réservé jusqu'ici à une élite". Il désire donner accès à un répertoire exigeant, joué avec la plus grande ambition artistique. Ce qui intéresse Jean Vilar, c'est la mission sociale du théâtre, d'où l'affirmation célèbre que "le Théâtre national populaire est un service public, tout comme l'eau, le gaz et l'électricité". Pour cela, il choisit de s'entourer d'une équipe de très bons techniciens et d'excellents comédiens. Vilar trouve surtout un précieux collaborateur en la personne de Gérard Philipe qui est déjà une vedette de cinéma prestigieuse et qui accepte, dès sa fondation, de jouer au TNP, avec à ses côtés les non moins illustres Maria Casarès, Daniel Sorano, Georges Wilson, Sylvia Montfort, Charles Denner, Philippe Noiret, etc.
Le film de Jacques Rutman Jean Vilar, une belle vie (1972) dresse le portrait de cet homme soucieux du répertoire et du style de jeu, qui préfère se qualifier de régisseur plutôt que de metteur en scène, pour souligner son intérêt pour le texte et le public. Jean Vilar, qui a également créé le festival d'Avignon en 1947, inscrit le TNP au cœur des préoccupations civiques en mettant à l'affiche des pièces comme Antigone de Sophocle et La résistible ascension d'Arturo Ui de Bertolt Brecht. Dans le documentaire de Jacques Rutman, son entourage évoque sa démission du TNP : en effet, Jean Vilar décide de ne pas renouveler son mandat au delà du 1er septembre 1963.
En 1972, le TNP est transféré au théâtre de la Cité à Villeurbane dirigé par Roger Planchon, et Jack Lang devient responsable du Théâtre national de Chaillot. La direction de ce théâtre change à nouveau en juillet 1974 : comme l'indique Le nouveau théâtre de Chaillot réalisé par Pierre Vatteone en 1976, la réouverture du théâtre qui vient d'être réaménagé est marquée par la nomination d'André-Louis Perinetti. D'autres grands noms du théâtre français se succèdent à la direction du théâtre national de Chaillot : après avoir fondé le théâtre des quartiers d'Ivry en 1972, Antoine Vitez prend la suite de Perinetti le 1er juillet 1981 à la tête de Chaillot. Le documentaire de Laurence Gavron Antoine Vitez (1987) révèle la personnalité de ce metteur en scène audacieux qui dirige le théâtre de Chaillot selon sa formule "un théâtre élitaire pour tous". La mise en scène du Soulier de satin de Paul Claudel dans son intégralité (la pièce dure dix heures !) est considérée comme le point d'orgue de son passage à Chaillot.
Avant de devenir directeur du théâtre national de Chaillot en 1988, Jérôme Savary, d'origine argentine, fonde sa première compagnie théâtrale en 1965, qui prend le nom de Grand Magic Circus et ses animaux tristes. Le court métrage de fiction de Francis Warin La bergère en colère (1970) rend avec justesse le sens de la fête propre à la célèbre troupe menée par Jérôme Savary. Sa compagnie donne des représentations dans divers théâtres parisiens : un passage des Actualités Gaumont de juillet à décembre 1974 porte sur le spectacle du Grand Magic Circus donné au théâtre d'Orsay en juillet 1974 ; Le Magic Circus joue pour les enfants (Emilio Pacull, 1983) est consacré aux comédiens qui interprètent L'histoire du gros cochon qui voulait maigrir au théâtre Mogador.
C'est donc en juin 1988 que Jérôme Savary est nommé directeur du théâtre national de Chaillot. Il fait preuve d'un véritable éclectisme en montant aussi bien Molière (Le bourgeois gentilhomme), Shakespeare (Le songe d'une nuit d'été, La nuit des rois, La mégère apprivoisée) que les pièces de guerre de Bertolt Brecht (Mère Courage et ses enfants, La résistible ascension d'Arturo Ui). Le documentaire Jérôme Savary (1990) de Catherine Dupuis met en lumière les talents multiples de cet homme chaleureux et avide d'expériences nouvelles. Jérôme Savary est d'ailleurs à la tête de l’Opéra Comique depuis le 1er octobre 2000.
Le théâtre national de la Colline
Construit dans le quartier populaire du 20e arrondissement, rue Malte-Brun à l'emplacement de l'ancien cinéma le Zénith, le théâtre national de la Colline est le plus récent des théâtres nationaux français. Alors que de nombreux théâtres parisiens ont été transformés en salle de cinéma, celui-ci est une exception à la règle. De 1987 à 1996, le premier directeur de la Colline est l'homme de théâtre argentin Jorge Lavelli à qui est consacré le documentaire Jorge Lavelli (1989) de Brigitte Carreau. Après être arrivé à Paris, Jorge Lavelli devient l'élève de Charles Dullin et Jacques Lecoq, dont les talents de pédagogie sont retracés dans un film de Jean-Pierre Rouette consacré à son école internationale de théâtre (L'école de Jacques Lecoq, 1984) et dans un portrait en deux parties réalisé par Jean-Gabriel Carasso et Jean-Noël Roy (Les deux voyages de Jacques Lecoq, 1999). Suivant les enseignements de ces deux grands maîtres du théâtre, Jorge Lavelli décide d'orienter le théâtre national de la Colline vers la création et la découverte d'auteurs contemporains. Fidèle à son intérêt pour un théâtre vivant, inscrit dans son temps, Jorge Lavelli inaugure le théâtre de la Colline avec la pièce Le public de Garcia Lorca.
Le court documentaire Le théâtre national de la Colline (Loic Jourdain, 2000) est ponctué d'interviews d'Alain Françon qui a succédé à Jorge Lavelli à la direction du théâtre en 1996. En montant des pièces d'auteurs comme Edward Bond, Alain Françon perpétue la volonté de son prédécesseur d'inscrire la Colline dans un projet artistique de défense de l'écriture et de la création contemporaine. Le film revient également sur les travaux des deux architectes Jean Perrottet et Valentin Fabre qui ont réussi à bâtir les plans des deux salles de sept cents et deux cents places dans un espace très réduit.

Théâtre et cinéma : chassés-croisés

Les oppositions sont très fortes entre le théâtre, art de l'éphémère où chaque soir la représentation théâtrale est différente et le cinéma qui est un art de la trace et de la conservation. Malgré cet antagonisme, il faut constater la présence obstinée de films tirés de pièces de théâtre dans la production cinématographique depuis ses débuts. Ces tensions sont d'autant plus exarcerbées lorsque le monde du cinéma prend conscience de l'antériorité du théâtre qui existe depuis plus de vingt-cinq siècles.
Au XXe siècle, la rencontre du théâtre et du cinéma a permis d'étendre la culture théâtrale au grand public car le passage du spectacle vivant au support filmique donne accès à un plus grand nombre de spectateurs. Malgré les différences de procédés et de rapports spatio-temporels entre le cinéma et la représentation théâtrale, les meilleurs films qui reprennent des pièces sont ceux qui accordent une part fondamentale au texte considéré comme "l'âme du théâtre".
Aujourd'hui, le théâtre et le cinéma révèlent leur interdépendance du fait que le cinéma joue un rôle dans la formation et la création des hommes de théâtre et, inversement, le théâtre tient une grande part dans la formation et l'approche des cinéastes. Le regard du public de théâtre lui aussi a changé : il est affiné par le cinéma et la photographie.

Le café-théâtre à l'écran : Le père Noël est une ordure

Écrite par Josiane Balasko, la pièce Le père Noël est une ordure est créée en 1979 sur les planches du café-théâtre du Splendid situé 48 rue du Faubourg-Saint-Martin dans le 10e arrondissement. Suite à son succès sur scène, la pièce est adaptée en 1982 à l'écran par Jean-Marie Poiré dans le film éponyme Le père Noël est une ordure. Le soir de Noël, la permanence téléphonique de Thérèse et Pierre dans le local parisien de SOS détresse amitié est perturbée par l'arrivée de personnages marginaux et loufoques qui provoquent des catastrophes en chaîne. Les personnages hauts en couleur de cette comédie grinçante et provocante sont incarnés par les acteurs de la troupe du Splendid, déjà présente sur scène. Le père Noël est une ordure, l'un des plus populaires films français, a acquis depuis le statut de film culte au fur et à mesure de ses diffusions télévisuelles.
L'humour corrosif des dialogues sont devenus aujourd'hui des classiques au point de rentrer dans le langage familier. Rappelez-vous des fameuses répliques "c'est cela, oui", "je ne vous jette pas la pierre, Pierre, mais j'étais à deux doigts de m'agacer !", ou encore les réflexions irrésistibles de Thérèse et Pierre à propos du "kloug colmaté avec du spountz" apporté au début de la soirée par le voisin Monsieur Preskovitch : "mmmm c'est fin, très fin, ça se mange sans fin !", et aussi lorsque celui-ci révèle ses secrets de fabrication : "c’est roulé à la main sous les aisselles" !

Des adaptations menées par des "maîtres" du cinéma

Ernst Lubitsch (1892-1947)
Au delà d'une très grande majorité des films d'Ernst Lubitsch qui sont des adaptations de pièces de théâtre, toute l'œuvre du cinéaste évoque de manière implicite ou explicite l'univers théâtral présenté comme une métaphore de la vie. Parmi les comédies américaines d'Ernst Lubitsch, nombreuses sont celles où le Paris sophistiqué et mondain des années 1930 constitue le décor d'intrigues amoureuses : L'homme que j'ai tué avec Maurice Chevalier (1931, Broken lullaby d'après la pièce de Maurice Rostand) ; Une heure près de toi (1932, One hour with you d'après la pièce de Lothar Schmidt) ; Haute pègre (1932, Trouble in paradise d'après la pièce de Laszlo Aladar) ; Sérénade à trois avec Gary Cooper (1933, Design for love d'après la pièce de Noël Coward) ; Ange avec Marlene Dietrich (1937, Angel d'après la pièce de Melchior Lengel) ; La huitième femme de Barbe-bleue avec Gary Cooper (1938, Bluebeard's eigth wife d'après la pièce d'Alfred Savoir).
Jean Renoir (1894-1979)
Jean Renoir, fils d'un peintre génial du XIXe siècle, a aussi réalisé des films qui présentent une forte dimension théâtrale. Pour Renoir, toute vie sociale est un spectacle, ce qui fait écho aux vers de Shakespeare dans la pièce Comme il vous plaira : "Le monde entier est un théâtre, / Et tous les hommes et les femmes ne sont que des acteurs". Ses films sont l'occasion d'une mise en abyme de la théâtralité et d'une réflexion sur les codes de jeu, d'espace et de temps de la représentation théâtrale. Ceci vaut pour l'adaptation d'une pièce de René Fauchois dont s'inspire Jean Renoir pour réaliser Boudu sauvé des eaux (1932) qui s'avère supérieure à la pièce d'origine, ainsi que pour La chienne (1931), La règle du jeu (1939) ou encore French Cancan (1954).
Ettore Scola et Le bal
Le documentaire Un spectacle populaire : "Le bal" réalisé en 1981 par Sylvain Roumette évoque le spectacle original et surprenant Le bal interprété sans paroles par la troupe du théâtre du Campagnol. Dans ce film, des extraits du spectacle illustrent une interview du metteur en scène Jean-Claude Penchenat qui a d'abord fait partie de la troupe du Soleil fondée par Ariane Mnouchkine.
En 1983, Ettore Scola réalise le film Le bal d'après la création théâtrale de la troupe du Campagnol. Les personnages, dont les costumes changent selon les modes, fréquentent un dancing. Dans un décor qui évolue selon les époques, les comportements des personnages traduisent les grands événements politiques et sociaux de 1936 à 1983. À travers les danses de société se reflètent le jeu de séduction, la relation de couple, l'évolution des mentalités et la progressive libéralisation des mœurs sur fond de chansons populaires. Les paroles de ces chansons prennent plus d'importance que dans la pièce car elles constituent un véritable commentaire sonore en complément des images. Le dancing qui constitue un microcosme idéal pour observer ce groupe d'hommes et de femmes permet à Ettore Scola d'introduire dans son film la caractéristique théâtrale d'unité de lieu. Alors que la version théâtrale s'en tient à une vision globale, le réalisateur soigne le procédé cinématographique du cadrage afin d'isoler des détails et d'accentuer des traits physiques : il s'intéresse particulièrement aux regards et au langage du corps.
Le critique de cinéma Gilbert Salachas présente ainsi le film d'Ettore Scola : "C'est une œuvre superbe et unique, l'adaptation d'un spectacle théâtral, lui aussi très audacieux, créé par la troupe du Campagnol. Avec sa troupe, Jean-Claude Penchenat avait réussi la gageure d'écrire une pièce sans paroles, avec seulement des musiques. Le succès vint. Justifié. Ettore Scola a adapté cette pièce avec le talent que l'on sait. Il a respecté le modèle, il a utilisé les mêmes acteurs et à tourné à Cinecittà, dans un décor unique. Le résultat est tout à la fois gratifiant, drôle et émouvant. Les chansons sont génératrices de vague à l'âme, de souvenirs, de nostalgie. Les mêmes acteurs franchissent le temps, s'habillent et se comportent comme nos parents. L'humour est là, la gravité aussi. Tout le monde est à féliciter, car la réussite est totale" (Télérama n°2585, 28/07/1999).
Alain Resnais et Mélo
Entouré depuis quelques années par le même groupe d'acteurs, le réalisateur Alain Resnais développe dans tous ses films une touche personnelle clairement identifiable, que l'on peut qualifier de marque de fabrique, et dont Mélo (1986) constitue l'un des meilleurs exemples. Resnais réussit à faire une véritable œuvre cinématographique à partir des conventions théâtrales de la pièce réputée désuète d'Henry Bernstein : il parvient ainsi à rendre hommage au théâtre et à ses artifices. Une multitude de détails souligne fortement l'influence du théâtre : le rideau rouge qui ouvre et clôture le film, les décors, la lumière, le découpage du film en trois actes et les acteurs qui se revendiquent comme tels.
Dans la veine de l'ensemble des pièces de Henry Bernstein qui abordent les thèmes de la crise du mariage bourgeois et des premières tentatives d'émancipation de la femme au début du XXe siècle, Mélo écrite en 1929 est l'histoire d'un adultère impossible entre Marcel et Romaine, qui est mariée avec Pierre. Dans son film tourné en 1986, Alain Resnais restitue la part la plus originale du théâtre de Bernstein que constitue l'acuité de l'analyse sociale et psychologique des rapports entre hommes et femmes dans la société bourgeoise du début du siècle. Tout commence à Montrouge, un soir de juin 1926. Dans une mise en scène minimaliste et théâtralisée, dans un décor de nuit étoilée visiblement reconstituée en studio, le célèbre violoniste Marcel dîne chez son ami Pierre dont il rencontre pour la première fois la charmante épouse Romaine, dite "Maniche". Ce film est servi magistralement par les acteurs fétiches d'Alain Resnais : le couple est interprété par Pierre Arditi et Sabine Azéma ; Marcel, qui semble réduit et limité à son mensonge, est joué par André Dussolier. Dans ce mélodrame centré sur le point de vue de la femme face aux deux hommes, Sabine Azéma incarne une femme dont la passion exacerbée et sensuelle pour son amant et le désir d'être libre vont la conduire à tenter de tuer et à en mourir.
Mélo est révélateur de l'œuvre éclectique d'Alain Resnais, capable d'exceller dans une multitude de genres, adoptant tour à tour le classicisme, la théâtralité, la comédie musicale, le fantastique.

Quelques artistes aux multiples talents

Jean Cocteau (1889-1963)
Pour Jean Cocteau qui est un touche-à-tout de génie, le cinéma devient, à partir des années 1930, une forme d'expression poétique supplémentaire qu'il ajoute à ses nombreux talents. Il tourne ses propres pièces de théâtre telles que Les parents terribles en 1948. Dans ce film, le travail de Cocteau consiste à déthéâtraliser la pièce et à faire passer à l'écran la puissance dramatique de cette œuvre. Jean Cocteau, qui soigne particulièrement le cadrage et les plans du film pour offrir au spectateur une approche "voyeuriste" des personnages, considère le cinéma comme un événement vu par un trou de serrure.
Jean Cocteau a écrit cette pièce pour Jean Marais qui l'interprète à partir de 1938 dans plusieurs théâtres parisiens, comme le montre le documentaire de Jean-Christophe Rosé Jean Marais par Jean Marais (1995). Dans la transposition à l'écran des Parents terribles, le jeu théâtral exagéré des acteurs révèle d'autant plus la différence entre les conventions de la scène et l'illusion réaliste propre à l'expression cinématographique. L'approche de Cocteau apporte un regard nouveau sur le "théâtre filmé" car il réussit à l'enrichir en filmant précisément la théâtralité du drame. Cocteau respecte scrupuleusement les trois actes, les deux décors et les dialogues de la pièce d'origine. Les textes, comme l'illustre cette réplique de Léonie lorsqu'elle apprend l'adultère de Georges, sont de temps à autre des clins d'œil à la situation dramatique : "Je ne sais pas si c'est un drame ou un vaudeville mais de toute manière c'est un chef-d'œuvre".
Sacha Guitry (1885-1957)
Sacha Guitry a rempli les fonctions d'acteur, d'auteur dramatique et de cinéaste. Il a écrit plus d'une centaine de pièces de divertissement dont la plupart porte sur le thème de l'adultère au sein de la bourgeoisie parisienne. Parmi la trentaine de films qu'il réalise, Sacha Guitry choisit quelques-unes de ses pièces pour les porter à l'écran en réussissant à dépasser le cadre du "théâtre filmé" grâce à des innovations cinématographiques en matière de mise en scène et d'interprétation. Il tourne Le nouveau testament en 1936 à partir d'une pièce de 1934 qui aborde ses thèmes de prédilection : les rapports de couple, l'adultère et le mensonge.
Comme l'évoque le documentaire Encyclopédie du cinéma français 31 - Sacha Guitry (1979) de Claude-Jean Philippe, l'œuvre de Sacha Guitry traite du mensonge de l'amour au service du bonheur et celui du théâtre au service de la vérité : tout en dénonçant l'hypocrisie du milieu bourgeois, Guitry se plaît à jouer sur scène et à l'écran avec verve et pétulance. Il rend ainsi hommage au grand mime du XIXe siècle dans le film Deburau, en 1951, tiré de la pièce éponyme de 1918, et au grand acteur Lucien Guitry, son père, dans Mon père avait raison (1936). Ces films soulignent l'intérêt de Guitry pour le théâtre et pour la rampe "mur de lumière dont nous avons la nostalgie qui constitue le quatrième côté du décor qui nous aveugle et nous éclaire".
Marguerite Duras (1914-1996)
Marguerite Duras pratique de nombreuses activités : littérature, journalisme, théâtre, cinéma. Dans toute son œuvre, Duras révèle sa maîtrise de l'écriture et son intérêt pour la sonorité de la langue. En 1965, la pièce Des journées entières dans les arbres interprétée par Madeleine Renaud et mise en scène par Jean-Louis Barrault remporte un vif succès au théâtre de l'Odéon. Douze ans plus tard, elle transpose cette pièce dans le film Des journées entières dans les arbres (1977) qui lui permet d'atteindre la reconnaissance de son talent à la fois dans le domaine littéraire, théâtral et cinématographique.
Au cinéma comme au théâtre, Marguerite Duras pose un regard particulier sur les acteurs avec qui elle entretient des relations très fortes. Savannah Bay, écrite en 1982 pour Madeleine Renaud, est une pièce sur la comédienne et le théâtre : le reportage de Jean-Marie Carzou Madeleine Renaud : "Savanah Bay" donne la parole à la comédienne qui évoque son émotion à chaque fois qu'elle monte sur scène et qu'elle interprète Savanah Bay au théâtre du Rond-Point. Ce lien privilégié qui unit Marguerite Duras avec ses acteurs lui donne l'occasion d'interviewer Jeanne Moreau : dans Duras interroge Jeanne Moreau (1965, Roger Pic), l'auteur et l'actrice évoquent leurs rapports avec le cinéma et le théâtre. Jeanne Moreau lui confie alors à propos du jeu sur scène : "La raison pour laquelle un acteur ne s'ennuie pas et peut jouer une très bonne pièce cent fois, deux cents fois ou trois cents fois, c'est parce qu'il rêve toujours de la représentation idéale".

Et aussi...

Jacques Rivette
Jacques Rivette n'a jamais porté de pièce à l'écran. Pourtant, sa filmographie est fortement imprégnée par l'univers théâtral. Rivette commence à tourner son premier long métrage Paris nous appartient en 1958. Dès sa première œuvre, ses thèmes de prédilection, qu'il développe tout au long de ses travaux ultérieurs, sont déjà présents : le complot, le mystère et le mensonge indissociables de la découverte de la vérité finale, le théâtre et Paris. Ce film qui met en scène une troupe de comédiens, une mort inexpliquée, un secret dangereux et un complot politique s'inscrit au coeur de la Nouvelle Vague avec des interprètes tels que Claude Chabrol, Jean-Luc Godard et Jacques Demy. Paris nous appartient est considéré comme l'un des plus beaux poèmes cinématographiques dédiés à la capitale, avec une séquence emblématique en plein cœur de Paris sur les toits du théâtre Sarah Bernhardt qui va devenir en 1968 le théâtre de la Ville.
Ses recherches sur l'improvisation et les répétitions théâtrales envisagées comme métaphore de la création artistique sont poussées à l'extême dans Out 1 spectre (1971-1974) car, une fois encore, les répétitions de deux troupes tiennent une part centrale dans ce film aux allures de performance. Out 1 : Noli me tangere a été initialement présenté en octobre 1971 dans une version de 12h40min à la Maison de la culture du Havre. Dans Out 1 spectre, le thème du complot cher à Rivette, lointainement inspiré de L'histoire des treize de Balzac, permet au réalisateur d'aborder l'atmophère de Paris de l'immédiat après-68. Dans les décennies suivantes, Jacques Rivette continue à explorer ses thèmes favoris dans un décor parisien. En 1988, il met en scène quatre jeunes femmes élèves d'un cours d'art dramatique dans La bande des quatre. Dans la comédie Va savoir tournée en 2001, Rivette ne déroge pas à sa propre règle : le théâtre sert de cadre et de révélateur aux personnages, membres d'une troupe italienne de passage à Paris à l'occasion de la tournée de la pièce de Pirandello Comme tu me veux (Come tu mi vuoi). Parallèlement, Rivette crée une intrigue amoureuse ponctuée par une formidable séquence sur les toits de Paris, qui constitue un joli clin d'œil à son premier film Paris nous appartient.
Dans Le fantôme du théâtre dans le cinéma de Jacques Rivette (Le théâtre à l'écran, Cinémaction n°93, 1999), Fabienne Caratini explique la démarche de ce grand réalisateur, ancien rédacteur des Cahiers du cinéma aux côtés de Truffaut, Godard, Chabrol et Rohmer : "Rivette a transformé ses échecs au théâtre en réussites cinématographiques. Même s'il reste le seul à tirer les ficelles, le travail en équipe y est exacerbé, les espaces cinématographiques utilisent cet inconscient théâtral, la notion d'intrigue prend tout son sens. Les films de Rivette assument donc le lourd passé théâtral du cinéma, cette scène primitive, d'une façon unique, jamais théâtre filmé ou films théâtraux. Ce n'est pas pour rien qu'au générique de ses films, Rivette n'est pas crédité à la réalisation mais, tout naturellement, à la mise en scène." C'est cette approche singulière que Claire Denis a voulu pénétrer dans Jacques Rivette, le veilleur tourné en 1990 afin de dresser un portrait passionnant et très documenté du cinéaste.
Maud Lomnitz

Filmographie sélective

Voici quelques films sélectionnés parmi ceux sur le théâtre à Paris.

Documentaires

Auteurs
Metteurs en scène
  • Louis Jouvet, série Bonnes adresses du passé de Roland-Bernard, 1971, 1h05min
  • Charles Dullin, série Plaisir du théâtre de Georges Paumier, 1985, 45min
  • Antoine Vitez, série L'art en tête de Laurence Gavron, 1987, 28min
Comédiens
  • Madame Moréno, série Monstres sacrés de Monique Chapelle, 1965, 44min
  • Talma, série Bonnes adresses du passé de Roland-Bernard, 1968, 50min
  • Sarah de Edgardo Cozarinsky, 1988, 31min
Techniciens
Salles de théâtre

Fictions

Adaptations
  • Les deux orphelines de Maurice Tourneur avec Renée Saint-Cyr, 1932, 1h38min
    > d'après la pièce d'Adolphe Dennery
  • Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir avec Michel Simon, 1932, 1h21min
    > d'après la pièce de René Fauchois
  • Sérénade à trois de Ernst Lubitsch avec Gary Cooper, 1933, 1h31min
    > d'après la pièce de Noël Coward
  • Le bonheur de Marcel L'Herbier avec Gaby Morlay, 1935, 1h50min
    > d'après la pièce de Henry Bernstein
  • Le nouveau testament de Sacha Guitry avec Sacha Guitry, 1936, 1h39min
    > d'après la pièce de Sacha Guitry
  • Ange de Ernst Lubitsch avec Marlene Dietrich, 1937, 1h27min
    > d'après la pièce de Melchior Lengel
  • Madame Sans-Gêne de Roger Richebé avec Arletty, 1942, 1h38min
    > d'après la pièce de Victorien Sardou
  • Les parents terribles de Jean Cocteau avec Jean Marais, 1948, 1h36min
    > d'après la pièce de Jean Cocteau
  • Deburau de Sacha Guitry avec Sacha Guitry, 1951, 1h34min
    > d'après la pièce de Sacha Guitry
  • Cyrano de Bergerac de Claude Barma avec Daniel Sorano, 1960, 2h36min
    > d'après la pièce d'Edmond Rostand
  • La folle de Chaillot de Bryan Forbes avec Katharine Hepburn, 1969, 1h50min
    > d'après la pièce de Jean Giraudoux
  • Out 1 spectre de de Jacques Rivette avec Jean-Pierre Léaud, 1971-1974, 4h13min
    > d'après L'histoire des treize d'Honoré de Balzac
  • Le bal de Ettore Scola, 1983, 1h47min
    > d'après la pièce de Jean-Claude Penchenat
  • Mélo de Alain Resnais avec André Dussolier, 1986, 1h45min
    > d'après la pièce de Henry Bernstein
Fictions sur le monde du théâtre
  • Molière de Ariane Mnouchkine avec Philippe Caubère, 1978, 1h55min et 2h08min
  • Va savoir de Jacques Rivette avec Jeanne Balibar, 2001, 2h28min

Bibliographie

  • Histoire du théâtre dessinée : de la préhistoire à nos jours, tous les temps et tous les pays, André Degaine, avant-propos de Jean Dasté, A.-G. Nizet, 1992
  • Le théâtre à Paris, Valérie Appert, Parigramme, 2003
  • Le théâtre à l'écran, CinémAction n° 93, Corlet Télérama, 1999
  • Le film de théâtre, Béatrice Picon-Vallin (textes réunis et présentés par), CNRS, 1997
  • Qu'est-ce que le cinéma?, André Bazin, Édition du Cerf, 7ème art, 2002 (14e édition)

En écho

Sur Internet

  • Le site de la Comédie-Française qui regroupe la salle Richelieu, le théâtre du Vieux-Colombier et le Studio-Théâtre ainsi que de nombreuses informations sur l'histoire et le répertoire de cette institution : www.comedie-francaise.fr
  • Le site de l'association du Centre national du Théâtre destiné à tous les professionnels et amateurs du spectacle vivant : www.cnt.asso.fr
septembre 2004