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Paris latinoBon nombre de Latinos, venus d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud, ont traversé l'Atlantique et apporté dans différents lieux de la capitale leur culture métissée. De nombreux documentaires et fictions s'en font l'écho.
Histoire du Paris latinoSi Paris est attirée par l'Amérique latine dès le XIXe siècle, ce n'est qu'à partir des années soixante que la capitale devient vraiment une terre d'accueil pour les Latino-Américains.
Paris, 1860Paris, 1860. La ville se modernise et s'assainit sous la houlette du baron Haussmann. Les théâtres et les music-halls commencent à animer les rues. Mais la samba et le tango n'enfièvrent pas encore les nuits parisiennes. Paris, d'ailleurs, n'est pas la capitale métissée que l'on connaît aujourd'hui. Pourtant, c'est bien là, à cette époque, que le concept d'"Amérique latine" s'élabore. L'historien Edouard Vernon rappelle : "A l'époque, les choses paraissaient simples : Napoléon III avait pour grand "dessein" "d'aider" les nations catholiques - dites "latines" - d'Amérique, à endiguer la puissance du monde protestant et anglo-saxon (Angleterre, Etats-Unis). La suite, c'est l'envoi en 1861 d'une expédition française au Mexique destinée à soutenir les prétentions sur place de l'empereur Maximilien d'Autriche, une intervention qui échoue en 1867 après l'entrée en lice des Etats-Unis. Ce vocable d'"Amérique latine" était une façon de contourner le lien de cet ensemble avec l'ancienne puissance coloniale, l'Espagne - qui s'est d'ailleurs toujours refusée à l'adopter, préférant dire Hispano America ou Ibero America."
Aujourd'hui, on ne parle français ni au Mexique, ni au Brésil ou à Cuba, mais espagnol ou portugais. Pourtant, l'expression "Amérique latine", forgée à Paris il y a cent cinquante ans, a perduré. Du sud des Etats-Unis au sud du Chili, une culture "latino" s'est peu à peu développée. Elle traversera bientôt l'Atlantique.
Le temps des actualités cinématographiques
De nombreuses nations sont accueillies à Paris au cours des différentes Expositions universelles qui jalonnent la seconde moitié du XIXe siècle et les premières années du siècle suivant. Ces Expositions sont l'occasion de faire connaître au monde entier la puissance de la France coloniale. En 1937, l'Exposition internationale des arts et techniques, qui regroupe une quarantaine de nations, dont plusieurs d'Amérique latine, est visitée par trente millions de visiteurs. Un nombre impressionnant qui n'a toutefois pas permis d'éviter un important déficit ! Pour les besoins des actualités cinématographiques, les opérateurs Gaumont filment la pose de la première pierre du pavillon du Brésil au printemps 1937 (Actualités Gaumont mars 1937), la visite officielle de ce pavillon pendant l'été (Actualités Gaumont juillet 1937), ainsi que l'inauguration de nombreux autres pavillons, notamment ceux du Pérou et de l'Argentine (Actualités Gaumont août 1937).
En dehors de ces grandes Expositions, les actualités cinématographiques sont friandes des événements officiels se déroulant à Paris. Les visites de présidents font partie des sujets appréciés. Ainsi, en 1956, les opérateurs Gaumont filment Juscelino Kubitschek, président du Brésil en visite à Paris (Actualités Gaumont de janvier à avril 1956), en 1960 Arturo Frondizi, président de l'Argentine (Actualités Gaumont de juillet à septembre 1960) et en 1965 Eduardo Frey, président du Chili (Actualités Gaumont de juillet à août 1965).
Le temps du cinéma
Dès les années cinquante, plusieurs films tournés en partie en Amérique latine vont rencontrer un grand succès populaire à Paris. Le chanteur de Mexico, sorti en 1956, raconte les mésaventures d'un chanteur de charme (Luis Mariano) en tournée au Mexique. Si elle ne donne pas une vision objective de Mexico, cette opérette filmée est l'occasion de réunir trois joyeux drilles : Luis Mariano, Bourvil et Annie Cordy. En 1963, Philippe de Broca et Jean-Paul Belmondo deviennent mondialement célèbres avec L'homme de Rio. Gigantesque course-poursuite de Paris à Brasilia, cette comédie alterne les clichés paradisiaques associés au Brésil à la représentation d'un univers mafieux, beaucoup moins "carte postale". Moins connu, L'étau (1969) enquête sur l'implantation de missiles nucléaires à Cuba. Inspiré de faits réels, ce film d'espionnage d'Alfred Hitchcock utilise tous les ingrédients du genre : amour, trahison, suspense.
Les années révolutionnaires
Le climat se tend en Amérique latine dans les années soixante. Chassés par la dictature militaire mise en place à partir de 1964, les Brésiliens sont les premiers Latino-Américains à se réfugier en grand nombre à Paris. Jusqu'au milieu des années quatre-vingts, le régime brésilien est alors sans aucune pitié envers les opposants politiques. Arrestations arbitraires et tortures se multiplient.
Pour les gauchistes, cette époque est pleine d'illusions. Au début des années soixante, le triomphe de la révolution cubaine attire sous les tropiques les militants parisiens. Comme l'évoque le cinquième épisode du documentaire Génération (1988), Régis Debray et ses camarades suivent les traces de Che Guevara dans les maquis d'Amérique latine. Mais ces rêves révolutionnaires s'écroulent dix ans plus tard. Les deux dernières parties de Nous l'avons tant aimée la révolution (1986), un documentaire réalisé par Steven de Winter et Daniel Cohn-Bendit, dressent le bilan de ces années de révolte. Chris Marker porte également un regard personnel, lucide et ironique sur l'histoire des mouvements de gauche à travers le monde dans la décennie 1967-77 dans Le fond de l'air est rouge, révision 1997 (1997).
Nouvelles vagues d'immigration
En 1973, après le coup d'État du général Pinochet, des Chiliens débarquent à Paris. Très vite, d'autres "compañeros" originaires d'Argentine, de Bolivie et d'Uruguay les rejoignent. Dans les années quatre-vingts, Salvadoriens et Guatémaltèques fuient à leur tour la répression et la guerre civile. Plus tardivement, dans le courant des années quatre-vingt-dix, des Péruviens gagnent également Paris.
Réalisé pour la série Bande à part, Que no estamos paseando (1978) s'intéresse à la vie de deux jeunes réfugiées politiques, l'une chilienne, l'autre argentine. Vivant seules avec leur enfant, dans une HLM ou un foyer de banlieue, elles font part des difficultés du quotidien, de la solitude, de l'exil. Tourné dix ans plus tard dans le cadre des Ateliers Varan, Mémoria (1989) évoque l'itinéraire d'une autre femme exilée, cubaine, et de ses deux filles. Malgré le temps qui passe, des questions similaires se posent toujours aux nouvelles générations, dont les parents ou grands-parents ont quitté leur patrie d'origine. Là où les pôles se rencontrent (2001) raconte l'histoire de la famille du réalisateur depuis trois générations. Images d'archives et d'actualités se mêlent aux photos et films familiaux, de Quito à Paris, proposant une réflexion intime et émouvante sur l'exil, l'engagement et la transmission entre les générations.
Les Latinos à ParisAujourd'hui, 10 000 Brésiliens et autant de Colombiens sont installés à Paris. On compte aussi environ 15 000 Péruviens, Argentins, Chiliens et Mexicains. S'ils ne se sont pas approprié un quartier en particulier à Paris, artistes, architectes, réalisateurs et aussi amateurs de tango ou de salsa ont apporté dans différents lieux de la capitale leur culture métissée.
Des artistes
Dès le XIXe siècle, Paris apparaît pour les artistes latino-américains comme un vivier culturel où ils pourraient trouver la reconnaissance. Au siècle suivant, ils sont plusieurs à choisir la capitale pour une trêve estivale ou un long exil.
Parmi eux, se distinguent en particulier plusieurs écrivains, dont Alejo Carpentier né à La Havane en 1904. Son amitié pour Robert Desnos et les surréalistes, son attachement à la culture cubaine et caraïbe et sa passion de la musique sont évoqués dans Itinéraire d'Alejo Carpentier (1989). De dix ans son cadet, Julio Cortazar est un des maîtres de la littérature fantastique, auteur notamment de Marelle. Un des chapitres de ce grand roman est adapté par Jean-François Lopes dans La pavane de Berthe Trepat (1983), où l'on retrouve le Paris nocturne cher à l'écrivain argentin. Dans Julio Cortazar (1980), il parle de l'influence que la capitale a exercée sur son œuvre et de son grand intérêt pour la culture française. Également d'origine argentine, Hector Bianciotti écrit en français, dans une langue classique, tout en restant fortement inspiré par son héritage baroque. Filmé dans son appartement parisien, il revient sur les difficultés de l'exil et le lent processus qui mène à la constitution d'une identité nouvelle dans une interview du magazine belge Ecritures (Hector Bianciotti).
Au début du XXe siècle, débarquent aussi à Paris quelques peintres latino-américains, dont le célèbre couple mexicain formé par Diego Rivera et Frida Kahlo, ainsi que le peintre surréaliste afro-cubain Wifredo Lam, à qui un numéro du magazine Aujourd'hui en France est consacré (Wifredo Lam, peintre et sculpteur, 1980). Plus récemment, Fernando Botero a eu l'honneur d'être le premier artiste à exposer de son vivant sur les Champs-Elysées pendant l'hiver 1992. Un court reportage, réalisé à l'occasion de cette étonnante exposition, présente les sculptures aux formes généreuses de ce peintre et sculpteur originaire d'Argentine (Rue Botero, 1993). Beaucoup moins célèbre, Jesus de Armas exprime à travers ses dessins, sculptures et peintures sur plastique la souffrance et la destruction de la civilisation arawak des Tainos par les conquistadores espagnols. De Armas, le dernier Taino (2001) évoque le travail de cet artiste cubain, dont l'œuvre s'inspire de l'art rupestre et précolombien.
Les comédiens apprécient aussi la capitale, comme Juliana Carneiro Da Cunha, membre de la troupe du théâtre du Soleil, à qui un portrait est consacré (Juliana, 1996). Des images de répétitions et de représentations, à la cartoucherie de Vincennes, alternent avec les propos de la comédienne sur son parcours personnel et professionnel, du Brésil à Paris, et sur ses rencontres de théâtre.
Des architectes
Plusieurs bâtiments parisiens ont été conçus par des architectes originaires d'Amérique latine. Inauguré en 1989, l'opéra Bastille est l'œuvre de l'Uruguayen Carlos Ott, que l'on peut écouter dans un documentaire en deux parties consacré à la construction de l'opéra (L'opéra Bastille, 1990-91). Enjambant comme par magie le quai de la Rapée, le ministère des Finances a été dessiné par le Chilien Borja Huidobro. Dans Bercy (1989), il explique les contraintes de départ et justifie ses choix, en compagnie de Paul Chemetov, le second architecte du projet.
La station de métro Argentine, située à l'ouest de Paris, n'est pas l'œuvre d'un architecte originaire de Buenos Aires. Elle a été renommée ainsi, en 1947, pour rappeler l'aide alimentaire apportée par l'Argentine à la France à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Des amateurs de tango et de salsa
Dès les premières années du XXe siècle, le tango argentin conquiert la bonne société parisienne. Aujourd'hui, il est de nouveau très à la mode, tout comme la samba brésilienne ou la salsa cubaine. De nombreux films se sont fait l'écho de cette passion pour le tango. Dans Un conseil d'ami (1916) de Jacques Feyder, un brillant violoniste s'éprend de la fille d'un richissime Américain. Désireux de lui plaire, il décide de devenir un parfait gentleman et va jusqu'à apprendre le tango ! Les années passent, mais cette passion demeure intacte pour Georges et Rosy qui donnent des leçons de danses de salon dans leur cours de la rue de Varenne, que Jean-Daniel Pollet, grand amateur de tango, filme en 1967 pour le magazine Dim Dam Dom. Quelques années plus tard, il reçoit le prix de la critique du festival du film d'humour de Chamrousse pour L'acrobate (1975), un long métrage racontant le récit de l'évolution d'un personnage timide et timoré (Claude Melki) qui se découvre une passion pour le tango. Enfin, film mythique, Le dernier tango à Paris (1972) de Bernardo Bertolucci redonna à Marlon Brando un rôle à sa démesure à travers le personnage d'un héros fatigué et vulnérable, que l'amour fait revivre.
Du côté des documentaires, Tango, le temps d'une danse (2000) entraîne le spectateur dans la danse, alternant images de couples en action et interviews. Danseurs débutants ou expérimentés, chacun exprime sa vision et son vécu du tango, expliquant son langage codé et particulier, la relation avec le partenaire, les sensations éprouvées. Les liens unissant Paris et la salsa, ainsi que l'histoire métissée de cette musique d'origine afro-cubaine, sont évoqués dans Salsa in Paris (1993). De nombreux extraits de concerts, complétés par des témoignages de musiciens et d'amateurs passionnés, viennent rythmer ce documentaire musical qui célèbre la richesse d'une musique "faite pour danser".
Paris réinventé par les réalisateurs
A partir des années soixante-dix, des réalisateurs originaires d'Amérique latine, influencés notamment par le surréalisme, vont métamorphoser l'image filmique de la capitale. Parmi ces cinéastes, Luis Buñuel fait figure de précurseur. Mexicain, espagnol ou français ? Il est un peu tout cela à la fois lorsqu'il arrive assez jeune à Paris, où il assiste Jean Epstein. A partir des années soixante, après des séjours en Espagne, au Mexique et aux Etats-Unis, il co-écrit les scénarios de ses derniers films avec Jean-Claude Carrière, en prenant pour décor les quartiers chics de la capitale. De Belle de jour (1967), portrait de femme ambigu et troublant interprété par Catherine Deneuve, au Charme discret de la bourgeoisie (1972), où il s'amuse à mettre en scène l'ambassadeur d'une république d'Amérique latine (Fernando Rey), Buñuel se montre volontiers subversif lorsqu'il met en scène la bourgeoisie parisienne bien-pensante.
Élève de Jorge Luis Borges et assistant de Robert Bresson avant de voler de ses propres ailes, Hugo Santiago fut associé au "Nuevo cine" argentin avant de s'installer en France à la fin des années soixante. Dès son deuxième film, Les autres (1973), il souhaite filmer Paris. "Et forcément le Paris que je vois n'est pas le même que le Paris des Français", précise-t-il en introduction du scénario des Autres, co-écrit avec Borgès. Douze ans plus tard, il tourne de nouveau à Paris Les trottoirs de Saturne (1985), magnifique méditation sur le déracinement, sur la difficulté d'"habiter" un lieu, d'y trouver la paix. Santiago a composé son film comme un morceau de musique, jouant avec brio sur le décalage entre l'image et le son, révélant le déchirement intérieur du personnage principal (Rodolfo Mederos, célèbre bandéoniste) entre son passé et le présent, entre sa patrie d'origine et sa terre d'adoption. Pour ces deux films tournés à Paris, il fait appel au chef opérateur Ricardo Aronovich, connu pour avoir fait partie de la Nouvelle Vague argentine.
Également né à Buenos Aires en 1939, Edgardo Cozarinsky réalise des documentaires en France depuis les années soixante-dix. Avec La guerre d'un seul homme (1981), il renouvelle le genre du documentaire historique en confrontant les écrits d'un officier allemand à des bandes d'actualités tournées pour les besoins de la propagande. Il est l'auteur de plusieurs portraits passionnants, parmi lesquels Citizen Langlois (1994) et Sarah (1988). Cozarinsky s'est aussi interrogé sur son passé. Retourné à Buenos Aires après de longues années à Paris, le réalisateur revisite dans Boulevards du crépuscule (1992) les lieux de son adolescence cinéphilique, réalisant un film-enquête touchant, où la petite et la grande histoire se croisent sans jamais se rencontrer.
Originaire non pas d'Argentine mais du Chili, Raoul Ruiz est un réalisateur inclassable, à contre-courant des tendances de son époque. Conseiller cinématographique de Salvador Allende dans les années soixante, il fut contraint à l'exil après la chute du gouvernement socialiste. Dès 1985, avec L'éveillé du pont de l'Alma, Paris devient son décor de prédilection. Dans les années quatre-vingt-dix, il tourne trois films dans la capitale, témoignant à chaque fois de son goût pour l'absurde et le fantastique, ainsi que de son imagination débridée. Trois vies et une seule mort (1995), Généalogies d'un crime (1996) et Le temps retrouvé (1999) sont suivis en 2000 par La comédie de l'innocence qui, une nouvelle fois, brouille avec délectation les pistes du réel et de l'illusion dans le décor d'un Paris "surréaliste" qui n'appartient qu'à lui.
Filmographie sélectiveGénéralitésActualités
Danses
Révolutions
Argentine
Brésil
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Raoul Ruiz
Cuba
Equateur
Mexique
Luis Buñuel
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mai 2005
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