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17 octobre 1961Répression de la manifestation algérienne à Paris
Pour protester contre le couvre-feu qui leur a été "conseillé" le 5 octobre par la préfecture de Police, des
manifestants algériens se rassemblent le soir du 17 octobre 1961
à Paris. Cette manifestation est violemment réprimée par
les forces de l'ordre : plusieurs dizaines de corps sont retrouvés dans la Seine, des milliers de
personnes sont arrêtées. Pendant de longues années, de nombreux témoignages
de cet événement seront censurés et ce massacre occulté.
Le rideau se lève dans ce décor permanent où sont
plantés les cinémas, les restaurants, les opéras et
l'Alhambra, et encore les théâtres, celui du Gymnase et celui de la
Renaissance.
Les Algériens ont voulu exister là, sur les Grands
Boulevards. Ils ont convergé des stations de métro et des trois
gares toutes proches, Saint-Lazare, Gare du Nord et Gare de l'Est. Ils sont
arrivés nombreux, trop nombreux pour la police qui d'emblée
pourtant les attendait. Ils ont été raflés,
frappés, mais d'autres les ont remplacés et près d'une
heure durant, entre les feux des rampes, ils ont manifesté. Tantôt
ils frappaient dans leurs mains, tantôt ils criaient "Algérie
algérienne"
Et même si les Parisiens ne se sont pas laissé
détourner de leur divertissement, même si seuls quelques rieurs
indifférents les regardaient passer, même si le silence et
l'angoisse peu à peu les encerclaient, ce fut l'exploit. Nulle part
ailleurs, dans la ville, les Algériens n'ont pu si longtemps
défiler. Des renforts policiers ont fini par arriver, nombreux, trop
nombreux.
A l'heure où les rideaux tombaient, les morts étaient
dans la rue.
Le silence du fleuve : ce crime que nous n'avons toujours pas nommé, Anne Tristan, Bezons, Au nom de la mémoire, 1991
Une censure qui disparaîtra progressivementLe silence officielLa manifestation du 17 octobre 1961 et la répression qui
l'a accompagnée ne sont que l'un des épisodes de la douloureuse
présence de la guerre d'Algérie à Paris. Les sources d'information françaises ne font pas
état de ce drame, pas plus qu'elles ne prononcent pendant des
années le mot "guerre". Restent, dans les
actualités,
qu'il s'agisse de Gaumont, d'Eclair ou d'Universal Neewsreel, le visage
officiel de ces moments historiques, la manifestation du 17 octobre 1961 et celle du
18 février 1962 au
métro Charonne, les discours du général de Gaulle à
propos de l'Algérie, l'annonce de
l'état d'urgence décrété en
Algérie en mars 1956 et celle du cessez-le-feu.
La télévision canadienne aborde
le sujet en 1958 avec un reportage intitulé Algérie, qui résume la situation et donne
la parole à des spécialistes, mais aussi à diverses
personnes interrogées dans la rue, cherchant à cerner les
différentes issues possibles. La télévision
française reste prudente. Le magazine d'information Cinq colonnes à la une
commente plutôt des événements ayant lieu en Algérie, et s'intéresse au retour des Pieds-noirs lors du numéro intitulé Algérie, le mois de
l'exode, en 1962, puis, un peu plus tard, propose un Débat sur
l'affaire Ben Barka, en 1966.
Des témoignages militantsCertains pourtant, sur le moment ou un peu plus tard, cherchent
à rendre compte de cette réalité taboue. Le film que
Jacques Panijel consacre à la manifestation du 17 octobre 1961, Octobre
à Paris, qui contient
des témoignages immédiats de cet événement, sera et
restera interdit de longues années. Il deviendra un des symboles de la
censure qui pèse sur cette période.
Les autres essais
contemporains concernant, de près ou de loin, ce qu'on appelle pudiquement la "crise algérienne", tel Le joli mai de
Chris Marker, devront attendre la fin de la guerre pour être visibles à Paris. Tourné en 1960, le
documentaire de Jean Rouch et Edgar Morin, Chronique d'un
été, tentative audacieuse de "cinéma-vérité", ne s'autorisera qu'une évocation
discrète du problème alors même que l'engagement d'une des
principales protagonistes du film, Marceline Loridan, aurait pu donner lieu
à des prises de position beaucoup plus affirmées.
Ce dont le cinéma et la
télévision peuvent parler plus ouvertement, dans certains films militants réalisés dans
l'immédiat après-guerre, ce sont les conditions
de vie des Algériens, dans les bidonvilles de la région parisienne en
particulier. Dans Scènes de la vie des Algériens à
Gennevilliers, produit par la C.G.T. en 1963, les immigrés
évoquent à la fois leurs difficultés et, interrogés
par des partisans du nouveau régime algérien, leurs
réactions face aux transformations de leur pays. Là où
le document de la C.G.T. garde une grande pudeur, montrant à peine les
lieux de vie, l'émission de télévision
Les Algériens de Paris, en 1966, est
une longue promenade entre les baraques, dévoilant la misère et
le sentiment d'exclusion.
Reconstitutions a posterioriDans les années 1970 et 1980, les
médias,
en particulier la télévision française,
consacrent à la
guerre d'Algérie plusieurs dossiers, tentant d'éclairer cette
tâche d'ombre dans l'histoire récente. Parmi ces documents, 1958,
qui cherche vingt après à comprendre le passage de la
quatrième à la cinquième République, ou
La guerre
d'Algérie, qui se penche beaucoup plus
précisément sur l'ensemble du conflit, cependant toujours
en occultant la journée du 17 octobre 1961.
Ce n'est que bien plus tard que sera levé le silence sur
la répression de cette manifestation et que des metteurs en
scène tenteront d'en restituer la mémoire, recomposant le
passé dans Une journée portée
disparue et dans
Le silence du fleuve, ou l'évoquant
poétiquement dans Mémoire en
blanc.
A partir de la fin des années 1980, certains documentaires
peuvent analyser de plus près les différents aspects de cette
période, notamment l'engagement d'une partie de la population et
des intellectuels français aux côtés des Algériens.
Apparaissent alors des films tels que Le second front, qui relate
les activités du F.L.N. en France, Les
frères des frères, consacré à ceux qui
s'engagèrent aux côtés des Algériens, ou la série Génération, qui s'intéresse
plus largement à la jeunesse militante dans les années 1960 et
1970. Le premier épisode
de cette série est tout particulièrement consacré à l'engagement contre la guerre d'Algérie. La censure dont cette période de l'histoire récente a fait
l'objet devient elle-même sujet d'étude dans
Images sous Anastasie.
Une présence impossible à ignorerLes photographiesLes événements du 17 octobre 1961 ont été saisis par l'oeil de plusieurs photographes, en particulier ceux du journal L'Humanité et Elie Kagan, reporter engagé. Tous ces clichés donnent la mesure de la violence de la répression et de l'importance de la manifestation. Ces photographies restent, avec
les images de Jacques Panijel, les seules archives de cet épisode
sanglant de la guerre d'Algérie à Paris.
Une toile de fond de nombreuses fictionsParmi les longs-métrages marquants du début des
années 1960, plusieurs s'ancrent dans une réalité
parisienne où la guerre d'Algérie est présente plus ou moins
directement. Aucun en revanche n'évoque la manifestation des
Algériens contre le couvre-feu.
Du héros de
Adieu Philippine, qui se prépare
à rejoindre le front, à celui de La belle
vie, qui en revient, les appelés de cette guerre sans nom se
glissent dans les intrigues. Dans Cléo de 5
à 7, l'amoureux qui rend le goût de vivre à la
jeune femme est, lui aussi, sur le point de retourner en Algérie.
Les enjeux politiques seront abordés beaucoup plus
directement dans Le combat dans l'île,
ou, quelques années après, dans Elise ou
la vraie vie.
Beaucoup plus tard, dans les années 1980 et 1990, une
nouvelle génération de metteurs en scène place ses
récits dans cette période, utilisant les événements
en arrière plan, comme dans Louise
l'insoumise et Les
équilibristes.
Un sujet à part entièreLa guerre d'Algérie peut enfin devenir le sujet de
plusieurs fictions dans les années 1970, avec en premier lieu des films
de genre où le suspens policier se nourrit des événements
historiques, comme
Meurtres pour
mémoire, Chacal, ou
Le complot.
A partir des années 1980, le récit peut se
construire plus directement autour des affrontements, la journée du 17
octobre 1961 en particulier pour Les
sacrifiés et plus tard Vivre au
paradis, la guerre d'Algérie dans son ensemble dans
Liberté la nuit ou
Liberty belle.
Reconstruire une mémoireCe n'est qu'à la fin des années 1990 que commencent
à se montrer les traces que ces événements laissent encore
dans la vie contemporaine. Ainsi L'autre
côté de la mer, de Dominique Cabrera, analyse la
difficulté du retour au pays pour un Français, bien après
la fin de la guerre, alors que Citoyen à part
... entière
creuse les souvenirs familiaux d'un
Algérien de la seconde génération ou que
Mémoires d'immigrés
trace le
portrait de toute une génération. Plus récemment, des films
comme Dissimulation d'un
massacre
ou
Enfants d'Octobre
font revivre cette
tragédie et ses suites.
Filmographie sélective
Bibliographie17 octobre 1961
Guerre d'Algérie
Sur Internet
octobre 2002
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