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Serge Reggiani
par Cécile Van den Abeele
A travers les films que Serge Reggiani a tournés à Paris, se retrouvent la générosité et la sincérité d'un homme sensible et touchant. De Marcel Carnéà Leos Carax, partez à la rencontre de cet acteur-chanteur.
Premiers pas sur scène
Né en 1922 d'un père coiffeur et d'une mère ouvrière en Italie du Nord, Serge Reggiani émigre en France en 1930.
A Paris, il vit dans les quartiers populaires de Tolbiac, de Charonne et du Faubourg-Saint-Denis. Attiré par la scène, il devient acteur. Roger Vitrac et Jean Cocteau lui donnent ses premiers rôles ; Raimu, Jean Vilar, Gérard Philipe sont ses premiers partenaires. S'investissant entièrement dans ses rôles, il joue avec une intensité peu commune, le seul moyen, selon lui, de convaincre le public… ce qui effraya peut-être les milieux du cinéma français de l'époque.
De l'exaltation à l'introspection
Capable d'incarner des personnages très différents, Reggiani impose quelques figures fortes : celles négatives, cyniques et sarcastiques d'Etoile sans lumière (Marcel Blistère, 1945) et des Portes de la nuit (Marcel Carné, 1946) ; celle du truand à la dimension humaine dans les films de Jean-Pierre Melville, Le doulos (1962) et L'armée des ombres (1969) ; et bien sûr l'inoubliable Manda, l'ouvrier-charpentier épris de la belle Marie (Simone Signoret) dans Casque d'or (1952), le chef-d'œuvre de Jacques Becker.
Dans les années 1970-80, il tourne avec des réalisateurs aux univers variés, tels que Claude Sautet (Vincent, François, Paul et les autres, 1974), Claude Lelouch (Le bon et les méchants, 1975), Jacques Rouffio (Violette et François, 1977) et Leos Carax (Mauvais sang, 1986).
Parallèlement au cinéma, il se produit sur des scènes de music-hall où il interprète des textes de Vian, Baudelaire, Apollinaire, Prévert, chante Moustaki, Gainsbourg, Dabadie… Son art, il le pratique toujours avec la volonté de créer un lien avec le public. Ce sont donc la générosité et la sincérité qui le caractérisent, tout comme l'artiste en général peut être défini.
Reggiani père et fils
Petit à petit, il sombre dans la dépression et l'alcoolisme. Il joue sur des scènes de plus en plus intimistes, comme s'il était passé du besoin d'affirmer et de crier à celui de se confier. En 1992, son fils, Simon, réalise un film avec et sur lui. Mi-fiction mi-réalité, on découvre dans De force avec d'autres un Serge Reggiani abîmé par l'alcool, sensible, touchant, vrai et parfois drôle. Le portrait est bouleversant tant il sait traduire ce regard tendre et dur d'un fils sur son père… Douze ans plus tard, Serge Reggiani, s'est éteint une nuit de juillet.

En écho
Parcours thématique
juillet 2004