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Luc Moullet
Avec Luc Moullet, pas de repères possibles, l'homme fait tout (écrit, produit et joue), faisant éclater les catégories (il passe du court au long métrage avec aisance) et les genres (chez lui, les documentaires sont comme des fictions). Car l'ancien critique des Cahiers du cinéma est avant tout, comme il le dit lui-même, un "faiseur de films".
Comment reconnaître un film de Luc Moullet ?
Dès son premier film (Brigitte et Brigitte, 1965), l'homme a une marque de fabrique : son humour, décalé et impertinent, fil conducteur d'une œuvre totalement libre, capable de traiter des sujets sérieux, ceux qu'on appelle "de société", ou d'autres plus inattendus. C'est ainsi que la filmographie de Luc Moullet est une des plus éclectiques qui soit : il y est question du chômage (La comédie du travail, prix Jean Vigo 1988), de l'industrie alimentaire (Genèse d'un repas, 1978), de cinéphilie (Les sièges de l'Alcazar, 1989), mais aussi des chiens (L'empire de Médor, 1986), d'Imphy, capitale de la France (1994) plus centrale que Paris, de hold-up (Une aventure de Billy le Kid, 1971), de cyclistes philosophes (Parpaillon, 1993) ou bien encore des tourniquets du métro (Barres, 1983).
Luc Moullet réalise par ailleurs avec beaucoup de liberté, sur un ton mi-moqueur mi-sérieux, les films institutionnels qui lui ont été commandités, tels que Aerroporrrt d'Orrrrly (1990) et La valse des médias (1987).
"Il est plus facile de faire un film que d'apprendre à nager" ou les mésaventures d'un corps de cinéaste
Homme de défi, Luc Moullet a commencé à jouer dans ses films pour des raisons économiques, mais aussi pour accepter un corps et une voix que le cinéaste juge peu agréables. Comme Woody Allen, Nanni Moretti ou Jacques Tati, et de plus en plus Jean-Luc Godard, dont Moullet pourrait être un cousin farceur, il a fait de son corps - et de sa voix - la matière première et le défi de nombre de ses récits filmiques.
Dans Anatomie d'un rapport (1975), la nudité de Luc Moullet est au centre de l'écran, le cinéaste utilisant le ridicule de certaines situations comme ressort comique. Pour Ma première brasse (1981), autobiographie distanciée d'un réalisateur masochiste, le cinéaste apprend à nager. Luc Moullet figure également dans différents films français, dont A la belle étoile (Antoine Desrosières, 1993) et Liberty belle (Pascal Kané, 1983). Il n'est donc pas étonnant que le cinéaste ait rendu hommage au travail de l'acteur dans Politique des acteurs (Cahiers du cinéma, 1993), un essai qui brise la coupure entre l'acteur "soumis" et le cinéaste "penseur".
juin 2002, mise à jour août 2004
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