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Jean-Claude Brisseau
Jean-Claude Brisseau filme la cruauté et la violence de la ville en y intégrant toujours des préoccupations spirituelles et métaphysiques, qui sont le secret d'un cinéma qui ne cesse de nous surprendre.
Professeur et cinéaste
Avant de faire des films, Jean-Claude Brisseau fut professeur de français en Seine-Saint-Denis. Mais le cinéma était déjà là : une caméra pour les films de famille, des courts métrages à la Hitchcock et puis, enfin, un premier long métrage : La croisée des chemins (1975), filmé en Super 8, portrait d'une jeune fille interprétée par Lisa Hérédia, qui sera désormais de tous les films de Brisseau.
Ce film amateur est remarqué dans un festival par Eric Rohmer, grâce auquel tout peut commencer. Ce sera La vie comme ça (1978), produit par l'INA mais qui ne sera montré qu'en 1994 sur Arte. Le cinéaste filme la violence des cités, en l'occurrence Bagnolet, qu'il connaît pour y avoir enseigné, bien avant tout le monde, et trop tôt sans doute pour la télévision. Et pourtant, comme il le dit lui même, "tout ce que je raconte dans le film est presque atténué par rapport à ce que j'ai vécu".
Fantastique et social
D'autres téléfilms suivront avant le grand saut : Un jeu brutal (1982), dans lequel Bruno Cremer, compagnon de plusieurs films de Brisseau, est un père qui tente de sauver sa fille paralytique. Les éléments de l'univers de Brisseau sont déjà là : un cinéma de l'émotion et de la souffrance, empreint de mysticisme, et puis, un style, celui d'un cinéaste attentif aux effets de la couleur, à la place des corps des acteurs dans le cadre.
Le succès arrive enfin, avec De bruit et de fureur (1987), mais sur un malentendu. Le film, dont l'intrigue se déroule à Bobigny, est vu comme un film social sur la banlieue alors que Brisseau a voulu privilégier l'étrangeté et l'onirisme.
Cinéaste romantique
Le cinéaste retrouve une troisième fois Bruno Cremer pour un film d'amour entre un professeur de philosophie et l'une de ses élèves, une adolescente jouée par Vanessa Paradis (César 1990 du meilleur espoir et prix Romy Schneider pour son interprétation). C'est Noce blanche (1989), film de désir, de passion romantique qui surprend et séduit à la fois. Après ce gros succès public, décidément jamais là où on l'attend, le cinéaste enchaîne avec Céline (1991), un film où le surnaturel est au centre de l'intrigue qui se joue entre deux femmes solitaires.
Après avoir révélé une Vanessa Paradis poignante, Jean-Claude Brisseau surprend à nouveau en choisissant Sylvie Vartan pour être l'héroïne du très hitchcockien Ange noir (1994). Un film noir comme on les aime avec ses lettres anonymes, une blonde fatale au passé caché et mystérieux, un meurtre et, bien sûr, du désir.
Six ans plus tard, le cinéaste signe un nouveau film de genre, Les savates du bon dieu (1999), cavale romantique de deux adolescents hors-la-loi. Mais ce road-movie est en réalité un conte moral et désespéré, qui ose le mélodrame, possède des élans romanesques d'une beauté à couper le souffle, mais reste malgré tout incertain. Bien que soutenu par la critique, le film ne rencontre pas le public.
Un suspense sexuel
Choses secrètes (2002) est sans doute l'un des films les plus convaincants de Brisseau, celui où son audace et son sens du risque s'allient au mieux avec un récit fascinant. Pour grimper dans la hiérarchie sociale, deux jeunes et jolies filles utilisent leur pouvoir de séduction. Les quais du métro et les terrasses des cafés parisiens sont leur terrain d'apprentissage, avant de partir à la conquête d'une grande entreprise des beaux quartiers, où elles entreprennent de faire la conquête du fils du patron. La transgression et le désir sont filmés par Brisseau comme un vrai suspense, comme si le sexe n'avait jamais été filmé : le résultat est troublant, choquant mais aussi ludique. Une réussite.

En écho
Sur Internet
novembre 2002